Affiche du film  Mission : Los Angeles
© Sony Pictures

Mission : Los Angeles

Version en français
v.o.a. : Battle: Los Angeles
11 mars 2011

Une bataille perdue d'avance

Photo Par Karl Filion

Il y a tellement eu de films de guerre à Hollywood qu'on se dit qu'on doit avoir tout vu. Et dépendamment de si on voit la vie du bon côté ou du mauvais, on se dit que c'est impossible qu'on ait tout vu et tout dit d'un sujet aussi fort et aussi émotif, qui divise si profondément les sociétés et qui coûte la vie à tellement d'hommes et de femmes chaque jour à travers le monde. Mais les Américains (par le truchement d'Hollywood, ne plaçons pas Terrence Malick et al. dans ce groupe), qui ont le monopole du cinéma (et de la guerre, on dirait bien), refusent systématiquement d'en aborder les questions philosophiques et morales, préférant s'en servir pour diffuser à grande échelle une vision magnifiée de l'héroïsme. Et cela donne des films aussi confus et ennuyants que ce Battle: Los Angeles.

Car au-delà de l'overdose d'action qu'il propose, ce film est d'un vide abyssal. Les nombreuses explosions et fusillades ne font que cacher la simplicité d'un scénario mille fois porté à l'écran, qui s'assure de bien aborder tous les sujets potentiellement émouvants (un père et son fils; la femme du lieutenant est enceinte, les deux vieux amis ou un frère mort au combat). Scénaristiquement parlant, ce sont de nombreuses béquilles qui alourdissent le film de bons sentiments qui sonnent on ne peut plus faux, d'autant qu'ils sont affreusement prévisibles.

La confusion scénaristique qui règne ici est aussi visible à l'écran, alors que les affrontements sont filmés sans inspiration par une caméra à l'épaule qui donne cette fausse impression d'être « dans » l'action, tout en délaissant parfois sa propre logique interne pour passer d'un personnage à l'autre. Il n'y a rien de mal à une bonne scène d'action au cinéma, surtout dans le cas de la guerre; c'est quand elle n'a pas de sens, quand les personnages sont trop idiots pour prendre une décision logique que cette scène d'action devient accablante de simplicité. Et que les acteurs perdent instantanément toute crédibilité.

Des exemples pourraient faciliter l'illustration : tous les personnages ont leur moment de faiblesse psychologique, qui est systématiquement récupérée par un autre qui dit que « tout va bien aller ». Cela convainc qui exactement, quand des extraterrestres invincibles viennent de décimer la population entière de Los Angeles? Et il faut être profondément imbécile pour refuser, après une éreintante bataille de près de 24 heures contre des extraterrestres surpuissants, un banal petit-déjeuner ou même une sieste. Ce n'est pas de l'héroïsme, c'est de la bêtise pure, et c'est mettre sa propre vie et celle de ses partenaires en danger. C'est traiter avec bien peu de respect le véritable travail de ces soldats. Et on n'a pas parlé encore des envahisseurs, conçus comme les « boss » d'un jeu vidéo : quand on a vaincu le premier, il en arrive un deuxième plus fort, puis un troisième...

Le patriotisme exacerbé n'est pas le défaut du film, c'est la conséquence d'une utilisation propagandiste et malsaine du cinéma. On se tient loin, en ces pages, des jugements moraux (un film n'est pas meilleur parce qu'il partage une allégeance politique, ni moins bien réussi sinon). Ce que l'on prône ici - ce que moi, je prône - c'est une utilisation cinématographique du cinéma, où les choix que l'on doit faire visent à faire avancer le Septième Art. Voilà pourquoi le divertissement n'est pas suffisant, et surtout pas dans le cas d'un film aussi consensuel que celui-ci. Cinématographiquement parlant autant que socialement, Battle: Los Angeles est un film de propagande qui mériterait d'être dénoncé, mais ce sera sur d'autres tribunes qu'ici. On se contentera de dire qu'il s'agit d'un film de bien piètre qualité.

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Photo Karl Filion

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