Affiche du film  Millénieum : Les hommes qui n'aimaient pas les femmes
© Sony Pictures

Millénium : Les hommes qui n'aimaient pas les femmes

Version en français
v.o.a. : The Girl with the Dragon Tattoo
v.o.a.s.-t.f. : Millénium : Les hommes qui n'aimaient pas les femmes
21 décembre 2011

Les fascistes et la liberté

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Le problème que rencontreront les Québécois et plusieurs Européens avec Millénium - Les hommes qui n'aimaient pas les femmes, de David Fincher, est évident et inévitable : cette histoire, on la connaît, et malgré tous les efforts que le réalisateur a pu déployer pour se détacher de l'oeuvre originale, pour donner une personnalité bien singulière à son long métrage, le récit reste le même, qu'on décide d'exploiter davantage l'un de ses aspects plutôt qu'un autre. Cela dit, si on tourne le dos à cette impression amère de déjà-vu, la version américaine de The Girl with the Dragon Tattoo se révèle un film excessivement bien exécuté, poignant et délicieusement irrévérencieux; une interprétation personnelle des écrits de Stieg Larsson aussi efficace, si non plus à certains endroits, que l'originale.

David Fincher est l'un des cinéastes les plus prolifiques et en vogue à Hollywood et lorsqu'on étudie l'une de ses oeuvres, on peut comprendre pourquoi. Sans délaisser le public au profit d'envolées poétiques et artistiques (comme le font plusieurs de ses collègues dans l'espoir de remporter une statuette dorée), Fincher porte une attention particulière à chacun de ses plans et à son impact sur les spectateurs. La musique prend aussi une place majeure dans chacune de ses productions. Dans le cas présent, le réalisateur a réclamé à nouveau la collaboration de Trent Reznor (avec qui il avait travaillé sur The Social Network) et le résultat confirme l'excellence de son jugement. Les deux hommes ont coopéré pour livrer l'un des mix sonore les plus justes et les plus envoûtants de la dernière année, même si la signature de Reznor nous apparaît moins évidente que dans le drame biographique sur Mark Zuckerberg, créateur de Facebook. À noter que le générique d'ouverture - présentant différents objets et silhouettes en lien avec le film qui s'emboîtent et se détachent - mérite, à lui seul, le détour.

Daniel Craig et Rooney Mara avaient une tâche colossale à accomplir, vu la qualité des interprétations qu'avaient livrées les comédiens suédois originaux. Plus beaux physiquement que Michael Nyqvist et Noomi Rapace (ce qui n'est pas nécessairement un atout dans un film comme celui-ci), les deux acteurs ont su livrer une performance juste et lucide, suffisamment personnelle pour ne pas que les visages de leurs prédécesseurs nous reviennent continuellement en tête.

Plus ou moins violent que l'original? La question a été soulevée à plusieurs reprises dans les dernières semaines, parce que ceux qui ont lu le livre tiré du film savent que le sang coule à flot et que les tortures de toutes sortes s'enchaînent à un rythme effarent. The Girl with the Dragon Tattoo de David Fincher n'est, en fait, pas plus ni moins sanguinaire que celui de Niels Arden Oplev. Certaines séquences barbares présentes dans l'oeuvre originale ont été retirées au profit de d'autres tout aussi sauvages. La célèbre scène du viol et de la vengeance qui s'en suit constituent toujours un moment-clé du film et s'avèrent aussi efficaces dans la mouture américaine que dans la suédoise.

The Girl with the Dragon Tattoo nous apparaît finalement comme un « feel bad movie » de Noël par excellence, comme nous le promettait la bande-annonce il y a quelques mois. « Feel bad movie » ne signifie pas pour autant « bad movie ». Le nouveau film de Fincher ébranle (et ce, même si on connaît déjà l'histoire), bouleverse et nous amène même à nous questionner sur la société et son impact global; une conclusion fort envieuse pour un remake d'une si jeune production scandinave.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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