Affiche du film This is It
© Sony Pictures

Michael Jackson : This Is It

Version originale en anglais avec sous-titres en français
v.o.a. : Michael Jackson's This Is It
28 octobre 2009

Lip-sync

Photo Par Karl Filion

On est en plein paradoxe : les fans de Michael Jackson n'accepteront pas qu'on leur dise que leur idole, prêt à être canonisé, n'avait plus, dans les derniers moments de sa vie, l'énergie et l'inspiration qui en ont fait un des créateurs musicaux les plus importants de l'histoire de la musique. Que le film qui est censé le dépeindre comme un demi-dieu n'y parvient pas. C'est pourtant le cas. Loin d'être présenté sous son meilleur jour, le chanteur préparait un spectacle « grandiose » qui aurait repris note pour note ses grands succès (bravo l'innovation). Paradoxe parce que les fans aimeront, que rien ne les ferait changer d'avis, qu'ils aimeront tellement que je ne serais pas surpris qu'on me menace de mort parce que je dis ce que je m'apprête à dire. Mais il le faut.

Avec un tel sujet (et si on avait pris un peu plus son temps...), le film aurait pu aborder le processus créatif derrière le génie créatif; il était en effet un observateur privilégié de « l'Artiste » en pleine action. Il n'en est pourtant rien. En lieu et place, on a droit à divers témoignages biaisés, laudatifs, qui encensent un créateur qui a connu ses plus beaux moments dans les années 80. Un créateur qui, sans diminuer son importance dans l'histoire de la musique, n'est plus l'ombre de ce qu'il était derrière ses lunettes fumées, sa voix chancelante (normal, c'est une répétition, mais quel intérêt de le montrer sur grand écran?) et ses trois pas de danse. Un autre chanteur mort a déjà chanté à ce sujet :

Il est toujours joli, le temps passé
Un' fois qu'ils ont cassé leur pipe
On pardonne à tous ceux qui nous ont offensés
Les morts sont tous des braves types

Peut-être que le temps permettra à ceux qui sont encore obnubilés par le « Roi de la Pop » - jusqu'à en nier ses problèmes avec la justice - de remettre en perspective ce que nous offre vraiment ce long et ennuyant documentaire qui donne une place prépondérante à la musique, en nous rappelant du même souffle que la grande qualité des chansons de Michael Jackson, en plus de leurs mélodies accrocheuses, c'était leur mix irréprochable. Mais Le temps ne fait rien à l'affaire...

Le regard qu'on pose sur le chanteur, qui est confiné à l'enceinte du Staples Center de Los Angeles, ne propose ni intrusion dans sa vie personnelle qui permettrait de mieux en saisir la légende (et d'ajouter un peu de piquant à cette suite de vidéoclips amateurs), ni un regard révélateur sur sa musique ou ses inspirations. Le tout est entrecoupé de quelques documents visuels tournés en prévision du spectacle, dont une très intéressante intégration pour Smooth Criminal et une mièvre envolée environnementaliste atteignant des sommets de quétainerie. Cela ne fait que rallonger le long, très long film de Kenny Ortega, qui expédie chaque moment intéressant, dont la sélection des danseurs, qui prend deux minutes en tout. On n'a finalement aucune idée de ce que recherchait Jackson chez ceux-ci. Si on avait voulu en faire un portrait, on aurait voulu savoir ce qu'il pense, comment il pense, plutôt que voir ce qu'il sait faire. Parce que ce qu'il sait faire, on l'a vu il y a vingt ans, et il le faisait mieux à cette époque-là.

Le film fait au moins la preuve que l'intermédialité, lorsqu'elle trahit l'essence du médium, en est sa principale ennemie; pensons à l'horrible pan and scan, inventé pour montrer du cinéma à la télévision; ou à cette séquence de This is It, créée pour Thriller, conçue en 3D pour le spectacle, où des personnages s'avancent en pointant des objets à la caméra. Dans un spectacle? Parfait. En 3D? Si vous voulez. Au cinéma, en 2D, de manière précipitée? Non. On appelle ça de l'opportunisme...

Michael Jackson : This is It prétend pouvoir démontrer que Michael Jackson, artiste dévoué, génie créateur, préparait un spectacle à la hauteur de sa légende. C'est peut-être bien le cas, mais ce film n'en fait absolument pas la preuve, ni n'offre-t-il un regard perçant sur l'homme derrière le masque et le chapeau. Ne présumons de rien, mais n'oublions pas que ce spectacle, qui n'aura jamais lieu, est aussi bon qu'on veut bien l'imaginer. C'est peut-être mieux ainsi. Ceux qui aiment peuvent continuer à aimer.

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Photo Karl Filion

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