Affiche du film Maurice Richard
© Alliance Atlantis Vivafilm

Maurice Richard

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : Maurice Richard (The Rocket)
28 novembre 2005

Faire du 9 avec du vieux

Photo Par Karl Filion
On se demande encore comment un film si conventionnel, si rigoureusement conscient de sa responsabilité et de sa puissance sociale dans notre société québécoise, si authentique et si solide, pourrait déplaire.

Le réalisateur Charles Binamé, à qui l'on doit – ou reproche, c'est selon - Eldorado, Le cœur au poing et Séraphin, porte au grand écran oui, le scénario très complet de Ken Scott (La grande séduction), mais surtout la légende du héros de tout un peuple, le numéro 9, Maurice « Rocket » Richard. Le grand joueur de hockey, d'abord, mais aussi une source d'inspiration pour le peuple soumit à la puissance des propriétaires anglais du Québec pendant la Grande Noirceur. Et on peut dire sans trop se tromper que ce sont des « conditions gagnantes » qui font du film de Binamé une réussite presque totale.

D'abord grâce à la performance inspirée de Roy Dupuis, qui incarne jusqu'au bout des ongles un Maurice Richard passionné et modeste. Julie Le Breton lui donne une réplique assurée, dans le rôle de la femme derrière le grand homme, qui tient rigoureusement le foyer et qui s'inquiète quand il le faut - pour ajouter un peu d'intensité dramatique - pour son mari. Normand Chouinard y va lui aussi d'une excellente performance, particulièrement notable, dans le rôle de l'animateur de radio, avec un impressionnant travail de la voix et du débit qui donne encore une impression d'époque.

Les scènes de hockey sont filmées avec conviction, et avec, encore une fois, un éclairage impressionnant et une intensité palpable. Le Colisée de Québec se transforme pour l'occasion en plusieurs des grands arénas du hockey de l'époque, incluant le Madison Square Garden et le Forum de Montréal. Cette transformation lui va bien, il n'a jamais eu l'air aussi crédible. La glace, les bandes, les grillages, tout a l'air rigoureusement authentique, les scènes de hockey sont également très bien filmées, à la manière d'un combat de Raging Bull, flashs photographiques et ralentis inclus. Le travail visuel est apparent, le résultat est donc fort convaincant. Binamé s'applique donc à joindre les deux époques en insérant ses personnages dans des documents visuels d'époque et en choisissant des couleurs plus terreuses, un éclairage précis et des costumes et des décors bien agencés, ce qui donne un aspect très authentique et enivrant.

L'histoire, d'autant qu'elle fait en quelque sorte partie d'une conscience collective, est effectivement passionnante. Au-delà du simple film biographique, le scénario de Ken Scott s'applique plutôt à expliquer, à décrire la passion de Maurice Richard pour le hockey et sa dévotion complète pour son sport. De ses commentaires dans les journaux pour dénoncer les injustices dont il est victime à sa force physique et à sa détermination à se tenir debout face à un méchant anglophone qui est simplement là pour le blesser, la métaphore est facile mais aussi convaincante. Et à travers sa relation avec son entraîneur, Maurice s'avère un fier batailleur, une source d'inspiration pour un peuple qui en avait bien besoin. Les dialogues sont rythmés, « punchés », drôles souvent, éloquents parfois. Un peu comme Maurice Richard, il sait se taire quand il le faut et dire vitement ce qu'il faut dire. Ce qui fait que Maurice Richard, le film, ne s'étire pas trop non plus.

Un film à gros budget dont on peut finalement être fier. Pas de fausse nostalgie ici, ni de mélodrame, plutôt un traitement sobre, mais complet, d'un sujet qui rejoint véritablement une majorité de québécois. Et puisque le travail est saillant dans tous les aspects du film, Maurice Richard est une réussite. Le mélange est aussi très efficace, un peu de hockey, un peu de politique, un peu de bagarre et un peu d'amour, il y en a pour tous les goûts. Et il y en a aussi pour tous les âges, ceux qui ont vu jouer le « Rocket » comme ceux qui gagnent à le connaître. Pourquoi ne pas commencer par le film?
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Photo Karl Filion

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