Affiche du film  Marécages
© Métropole Films Distribution

Marécages

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : Marécages
14 octobre 2011

Rien ne presse

Photo Par Karl Filion

Le premier film long métrage de Guy Édoin s'inscrit dans la lignée de ses courts métrages (réunis sous le titre Les affluents), quelque part entre le cinéma rural de Bruno Dumont - et de sa cruauté bestiale (particulièrement dans Flandres) - et d'un cinéma documentaire qui saisirait au quotidien la vie sur une ferme laitière. C'est en empruntant ces deux voies qu'Édoin trouve la sienne, alors que l'atmosphère pesante et la routine du quotidien mènent au(x) drame(s) qui vont frapper la famille Santerre (un nom de famille prophétique).

Ce ou ces drame(s) sont les éléments déclencheurs d'un bouleversement familial qui est la richesse humaine du film; mais les drames eux-mêmes manquent d'un peu de « grandeur », d'un aspect grandiose qui serait dans le ton de ce premier plan poétique d'une femme nue dans les hautes herbes d'un marécage; plus pratiques qu'inspirants, banaux dans une certaine mesure, ils ne servent qu'à amorcer l'histoire, qui prend ensuite le second rang derrière une tension ambiante véritablement réussie.

Le scénario est bien construit et apporte une grande satisfaction lors du dénouement savamment installé, les péripéties sont bien trouvées et les personnages crédibles. Édoin porte une attention particulièrement au son, aux bruits, à la musique (ce qui inclut les silences), qui ajoutent de la puissance à des plans-séquences déjà chargés en émotions latentes et contradictions. Cet exercice est fascinant, puisque tous les sens sont aux aguets, prêts à saisir l'émotion lorsqu'elle se présentera.

Aucun reproche à faire aux comédiens principaux; Pascale Bussières démontre à nouveau qu'en de bonnes circonstances (c'est-à-dire pas dans French Immersion) elle est sans doute la meilleure actrice de sa génération, tandis que Luc Picard et François Papineau jouent bien le délicat équilibre sur lequel on a placé leurs personnages, entre le bien et le mal. Le jeune Gabriel Maillé, parfois un peu égaré, se débrouille bien. Tout leur talent passe dans le langage non-verbal, mais on ne peut s'empêcher d'imaginer que le film aurait pris une tout autre ampleur symbolique et universelle si les acteurs n'avaient pas été aussi connus du grand public.

Marécages n'est pas sans défauts. Il est parfois un peu long, parfois un peu redondant, parfois même un peu ennuyant. Mais tout ça le rend d'autant plus humain q'ili est faillible, imparfait. À d'autres moments, il est aussi senti que possible, aussi touchant qu'espéré. Quoi qu'il en soit, ce premier long métrage est la promesse d'un nouvel auteur dans la cinématographie québécoise qui sera appelé à affiner ses obsessions pour réaliser un véritable chef-d'oeuvre. Ces choses-là prennent du temps. Rien ne presse.

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Photo Karl Filion

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