Affiche du film  Mange, prie, aime
© Sony Pictures

Mange prie aime

Version en français
v.o.a. : Eat Pray Love
13 août 2010

Le courage de la stupidité

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Les sujets principaux de Mange prie aime (la fuite salvatrice et la recherche (humaine mais perpétuelle) du bonheur) sont riches en possibilités. Beaucoup de gens peuvent se reconnaître en cette femme, forte en apparence, mais qui tremble hardiment face à l'instabilité. Partir est une chose, revenir (mieux) en est une autre. Le problème dominant de cette oeuvre inspirée des écrits d'Elizabeth Gilbert (mis à part les interminables 140 minutes que dure le long métrage) est la présentation des messages et la répartition des différents « chapitres ». Ces leçons de paix, de communion, d'amour et de confiance (bien qu'ils soient sincères et curatifs) nous sont livrées - en règle générale - de manière maladroite, souvent en prenant le spectateur pour un inculte, un demeuré. Il ne suffit pas d'avoir de bonnes morales, il faut savoir les transmettre.

Liz Gilbert est une auteur new-yorkaise qui vient tout juste de divorcer d'avec son mari. Après avoir eu une courte relation avec un comédien qui jouait l'une de ses pièces au théâtre, elle décide de partir pour un an en Italie, pour manger, en Inde, pour prier une gourou bouddhiste, et à Bali, pour retrouver un chaman qui lui avait fait des révélations troublantes un an auparavant. À travers son voyage physique et spirituel, elle tentera de retrouver la paix d'esprit et de trouver un mot capable de la définir.

Ce film avait le potentiel d'éveiller le monde occidental à d'autres cultures (par la contemplation ou l'interactivité) tout en conservant cet ancrage narratif nord-américain rassurant et compréhensif. Mais, bien trop vite, on comprend que le récit est en fait une quête individuelle. Bien sûr on peut s'attacher au personnage, deviner sa détresse, mais cette ouverture sur le monde reste assez limitée. Il y a tout de même certaines perspectives pertinentes, telles que la tradition du mariage forcé (qui renferme une comparaison très intéressante entre les cérémonies volontaires occidentales qui finissent 3 fois sur 4 en divorce et ces engagements obligatoires pas moins négatifs) et l'intérêt (mitigé chez nous) de la méditation, mais, malheureusement, on s'attarde bien davantage aux amours déchues et aux regrets languissants de la protagoniste qu'aux conjonctures enrichissantes que propose le film.

La narration, omniprésente, apporte une stabilité au récit qui devient, bien rapidement, un boulet à l'interprétation. On nous propose des thèmes intéressants, des idées prometteuses, mais on nous les explique, les décortique pour nous, ne laissant aucune place à la transposition ou à la simple (et lucrative) réflexion. La conclusion est d'ailleurs d'une bêtise et d'un crétinisme aberrant; il faudrait rappeler aux Américains que les films n'ont pas l'obligation de se terminer dans une tempête étouffante de roses pour satisfaire le public. Une ouverture sur une note plus réflexive, plus revendicative aurait été plus bénéfique et aurait peut-être même pu justifier la narration.

Mange prie aime a eu - au contraire de bien d'autres avant et après lui - les moyens de ses ambitions, mais, malheureusement, c'est au niveau du choix des ambitions qu'il y a eu un souci majeur. En revanche, le récit est intriguant, les paysages sont magnifiques et la quête spirituelle de la protagoniste (aussi limitée soit-elle) a le mérite d'être accessible, universelle. Parce qu'on peut fuir jusqu'à Bali, ou en Inde, mais nos tourments sauront toujours nous retrouver.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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