Affiche du film  Maïna
© Les Films Equinoxe

Maïna

Version originale en inuktitut avec sous-titres en français
v.f. : Maïna
v.o.inouk.s.-t.a. : Maïna
20 mars 2014

Baiser d'Inuit

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Maïna renferme de bonnes idées; la narration française qui accompagne le film dans sa version inuktitut en est une brillante, qui permet aux spectateurs d'être imprégnés par la langue d'un peuple méconnu en plus de découvrir sa culture. La performance des acteurs (principalement celle de la comédienne principale) apporte une profondeur et une humanité aux textes de Pierre Billon. Malheureusement, ce sont davantage les points plus négatifs que l'on retient.

Le montage est l'un des aspects techniques les plus faibles. Ces fondus au noir qui nous arrivent à des moments parfois inopportuns scindent l'action et la découpent en saynètes reliées par une trame narrative elle-même disloquée. Certains passages sont mal expliqués (comme un moment où on comprend que faire un capuchon à une fille avec son chien récemment décédé signifie qu'on accepte qu'elle soit la mère de nos enfants) et d'autres plutôt inutiles (comme lorsqu'un homme méchant se fait dévorer par les loups).

Les esprits, les shamans, les totems, la sorcellerie, tous ces détails ésotériques évoqués dans le film auraient pu laisser place à des envolées artistiques et visuelles audacieuses, mais le réalisateur a plutôt choisi de rester dans le concret et l'attendu, ajoutant par-ci par-là quelques accélérés douteux et hallucinations soporifiques. Il est, par contre, important de préciser la qualité des costumes. Chacune des tribus a son type de vêtements (l'un utilise la peau de caribous, l'autre celle des phoques) et il confirme l'identité et la provenance de chacun. Les décors sont aussi superbes, même s'ils sont filmés de façon prévisible.

Cette histoire d'une Innue enlevée par des Inuits avant l'arrivée des colons dans une Amérique sauvage aurait pourtant pu être grandiose, mais elle fait davantage figure de documentaire que d'épopée. Maïna s'apparente, en fait, beaucoup à un téléfilm avec sa musique synthétique et son visuel attendu. Même si la narration nous dévoile les pensées secrètes de l'héroïne et nous met en contexte, avec ce genre de visuel, nous ne serions guère étonnés d'entendre en voix-off une description des rites et coutumes des Innus et des Inuits accompagnés par l'indication « Reconstitution » en bas à droite. Maïna manque de coffre pour s'affirmer en tant qu'oeuvre de fiction. Cette histoire a tant de potentiel que sa sobriété nous agace et nous déçoit.

Mon amie m'a dit une chose en sortant de la salle de cinéma qui exprime assez bien l'impression générale de Maïna; « Tu me dirais que ce film-là a été fait la même année que La grenouille et la baleine et je te croirais sans problème ». Maïna semble être issu d'un autre temps, né d'une époque qui n'avait pas les moyens de ses ambitions. Et pourtant, Maïna est une oeuvre contemporaine. Elle aurait pu (et aurait dû) se servir davantage des ressources à sa disposition (même si on le sait que les budgets sont limités au Québec) pour produire un conte plus majestueux et inspirant. Tristement, Maïna est une tentative ratée (pas complètement, mais suffisamment) de transposer la profondeur des écrits de Dominique Demers au grand écran.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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