Affiche du film  Maestro
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Maestro

Version originale en français
26 août 2015

L'éternel combat

Photo Par Martin Gignac

Faire un film sur le merveilleux monde du cinéma est presque une étape nécessaire pour un réalisateur qui se respecte. Depuis le chef-d'oeuvre Sunset Boulevard de Billy Wilder, pratiquement tous les grands se sont essayés (Fellini, Fassbinder, Altman, Lynch), le dernier en lice étant David Cronenberg avec son jouissif Map to the Stars.

La cinéaste suisse Léa Fazer ne fait certainement pas partie de cette catégorie sélecte. Bien qu'elle possède un certain talent pour la comédie rythmée et efficace (Notre univers impitoyable), elle a tendance à en faire trop et à demeurer en surface. C'était le principal problème d'Ensemble, c'est trop et Cookie. L'histoire se répète pour son plus ambitieux Maestro, du moins pendant sa première partie.

Les stéréotypes mènent le bal et ils confrontent un jeune comédien (Pio Marmaï) fan de Bruce Willis et de Fast & Furious à un cinéaste aguerri (Michael Lonsdale) qui fait des films d'auteur. Bien entendu, lorsque ce dernier ouvre la bouche, les citations intellectuelles abondent, tout comme les mots pédants, et il y a évidemment une musique classique qui se fait entendre. Les clichés les plus primaires et les plus élémentaires font leur entrée et ils n'arrêtent jamais.

Une vulgarité qui n'a d'égal que la mise en scène fade et anonyme de son auteure, qui n'exploite pas toujours bien ses riches paysages enchanteurs. Une réalisation aussi répétitive que son scénario qui abuse du cynisme et des morales à deux sous (il faut profiter du moment présent), se vautrant dans la romance lorsque l'intrigue s'enlise (au moins c'est avec la solaire Déborah François). L'ombre de La nuit américaine plane à l'horizon, mais elle n'a strictement rien à voir avec le classique de Truffaut.

Alors que le désir de décrocher se fait ressentir, un déclic inespéré s'effectue. À mi-chemin, l'humour cède le pas à l'émotion, la tendresse et la mélancolie. Tout d'un coup, les personnages unidimensionnels prennent de l'expansion et ils finissent finalement par exister. Comme si la cinéaste avait décidé de renouer avec la source première de cette histoire qui était originellement écrite par son acteur fétiche Jocelyn Quivrin sur son expérience de tournage sur Les amours d'Astrée et de Céladon d'Éric Rohmer.

Une fois débarrassé de ses tics, le long métrage peut enfin débuter et il le fait avec une grande sensibilité, rendant hommage à la fougue de Quivrin qui est décédé à l'âge de 30 ans d'un accident automobile, à l'inégalable Rohmer (la prestation de Michael Lonsdale est tout simplement truculente) avec un soin esthétique qui évoque La marquise d'O ou Perceval le Gallois, et à cette transmission qui s'effectue entre le maître et l'élève. Celle qui permet à tout un chacun d'avoir accès à un art jugé élitiste- que ce soit le cinéma difficile, la littérature classique ou la poésie - qui sert de nourriture pour l'âme et l'esprit.

Alternant sans cesse entre le bon et le mauvais, l'essentiel et le risible, la candeur rafraîchissante et le gag éculé, Maestro est une oeuvre qui a un terrible problème de personnalité. Un monstre à deux têtes qui passe son temps à s'autodétruire, ne laissant que des miettes du film essentiel qu'il aurait pu être. Des traces éphémères de beauté qui ne sont pourtant pas négligeables.

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Photo Martin Gignac

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