Affiche du film  M. Popper et ses manchots
© 20th Century Fox

M. Popper et ses manchots

Version en français
v.o.a. : Mr. Popper's Penguins
17 juin 2011

Les gros pigeons

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Adapter l'oeuvre littéraire pour enfants de Richard et Florence Atwater paraissait pourtant un projet ambitieux et intelligent; l'histoire était originale (enfin), Jim Carrey nous assurait un protagoniste loufoque et attendrissant et les pingouins, c'est toujours vendeur (parlez-en aux producteurs d'Happy Feet, de Surf's Up ou de Madagascar). Malheureusement, même avec des conditions idéales et des moyens presque illimités, Hollywood déçoit et exaspère encore. Mr. Popper's Penguins n'est, par contre, pas un échec catégorique; les enfants s'amuseront sans aucun doute à voir se dandiner ces drôles d'oiseaux (qui ont chacun leur personnalité et leur identité) et parions que leurs parents tomberont aisément sous leurs charmes à leur tour, mais ce film manque inévitablement d'enchantement, de magie (celle qui nous fait sourire sans raison, qui curieusement, nous réjouit), pour être considéré comme une réussite.

De l'eau a coulé sous les ponts depuis que Jim Carrey sortait d'entre les fesses d'un hippopotame ou parlait avec son derrière juché sur un arbre, mais, même si le temps a fait son oeuvre sur le visage de l'acteur, il reste dans l'esprit collectif l'un des comédiens physiques les plus reconnus, l'un des meilleurs pitres de notre époque. Le voir tomber après avoir reçu un ballon au visage est toujours d'une grande valeur humoristique, malgré les années qui nous séparent du succès d'Ace Ventura. L'efficacité générale de son personnage manque très certainement de structure et de cohérence, mais la faute ne revient pas à l'acteur - cocasse et charismatique - mais plutôt aux textes brouillons qu'on lui met en bouche et aux particularités étranges dudit personnage. M. Popper, père de deux enfants et riche homme d'affaires new-yorkais, découvre la valeur de la famille et de l'amour le jour où il reçoit dans son appartement, en héritage, six manchots. Cette allégorie sur la paternité comporte des failles importantes. On ne peut qu'être outré - le mot est fort disons, déconcerté - en réalisant que l'homme aime ces oiseaux davantage que ses propres enfants, qu'il se contente de voir une fois aux deux semaines dans son condo luxueux du centre-ville. Cette affection pour ces bestioles, bien que métaphorique, devient rapidement inquiétante plutôt que charmante. Heureusement, l'atmosphère légère et l'humour bonasse nous empêchent de nous questionner davantage.

L'amourette entre M. Popper et son ancienne épouse (personnage, d'ailleurs, d'une inutilité sans bornes) est également un filon très mal exploité. On aurait préféré voir le père se rapprocher de ses enfants, apprendre à les chérir et les comprendre, plutôt que de l'observer tenter de reconquérir son amour de jeunesse sur une patinoire de Central Park. Peut-être qu'une aventure avec son assistante qui fait des rimes sans s'en rendre compte aurait donné de meilleures séquences romantiques que cet amour perdu que l'on s'efforce peut-être de ressusciter pour plaire aux enfants du divorce qui voudraient voir leurs parents à nouveau réunis.

La comédie familiale engendre quelques rires (une réflexion de Carrey sur une oeuvre d'art en forme de point géant est absolument délicieuse) et touche inévitablement certaines cordes sensibles (on ne peut que tomber sous le charme de ses manchots fans de Charlie Chaplin), mais n'épate pas. Elle n'exploite guère tout le potentiel derrière cette extravagance initiale qui est de devoir gérer, cacher et instruire six manchots vivant dans un appartement de New York. Comme quoi même des êtres aussi mignons que des pingouins ne peuvent gagner à tous les coups.

Partager sur : Twitter Facebook
Photo Elizabeth Lepage-Boily

Mes dernières critiques

Site conçu et développé par Logo Libéo
Représentation publicitaire par Logo Moviefone
© 2016 Média Happy Geeks inc. Tous droits réservés.