Affiche du film  Les voisins
© Universal Pictures

Les voisins

Version en français
v.o.a. : Neighbors
9 mai 2014

Les potes avant les pl*ttes

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Depuis la venue de Judd Apatow et de sa meute (Seth Rogen, qui joue dans ce film et le produit, en fait partie), les limites de la comédie vulgaire ont été redéfinies. Il n'y a pas grand-chose que l'on ne se permet plus dans ce genre de film. On peut très bien en introduction comparer les bras musclés de Zac Efron à « deux grosses queues veineuses et géantes », c'est aujourd'hui possible. L'exagération de ce genre de comédies témoigne d'une immense liberté, profitable à de nombreux niveaux. Un homme qui pète dans son lit et qui essaie de camoufler l'odeur en éventant les draps n'a rien de bien novateur, mais de le placer dans un contexte de démesure comme celui que nous propose Neighbors change la donne.

On connait Zac Efron principalement pour ses interprétations du bon petit garçon de bonne famille, gentil et serviable, de le voir dans un anti-casting aussi flagrant, de le voir diriger une fraternité de débauchés, de mouler son pénis pour en faire des dildos et les vendre dans une activité de financement a quelque chose d'encore plus drôle que si le rôle avait été attribué à quelqu'un de beaucoup moins « propre » comme Andy Samberg (qui fait d'ailleurs un mini-caméo dans le film). Il était important aussi que le public s'attache au couple qui veut détruire la fraternité qui les empêche de dormir, lui et son bébé. Seth Rogen et Rose Byrne accomplissent cette fonction à la perfection. Ils arrivent à nous charmer dès la première scène et nous gardent dans leur sillage jusqu'à la fin.

Une chose très intéressante de Neighbors, qu'on retrouve rarement dans ce genre de comédie à l'humour adolescent, est que le long métrage ne s'adresse pas qu'à une catégorie d'âge. Oui, il vise les ados et les universitaires grivois, mais aussi les jeunes parents qui regrettent leurs nuits de fête et qui n'arrivent pas tout à fait à accepter leur nouvelle vie. Les textes sont bien écrits, agréablement déliquants et irrésistiblement drôles. Il y a des films qui nous font sourire, mais Neighbors fait rire. Le film ne tombe pas dans le piège de la bande-annonce qui révèle les meilleurs punchs (quoique la blague des coussins gonflables en est une très efficace) et arrive à nous surprendre plus d'une fois.

Les comédies sont les films qui écopent le plus, généralement, avec le doublage. Ici, on a choisi de québéciser le plus possible la production. Nous avons donc droit à certains des plus beaux mots de notre somptueux vocabulaire comme « plotte, noune, fuck et shit » (ces deux derniers étant élégamment empruntés à l'oeuvre originale). Mais, somme toute, le résultat est satisfaisant et la barrière de la langue n'est pas aussi haute qu'elle l'a déjà été.

C'est l'aspect plus moralisateur de l'oeuvre qui déçoit. La deuxième partie contient beaucoup plus de ces instants sermonneurs, et le rythme s'en trouve irrémédiablement affecté. Une comédie comme celle-là peut se permettre une fin moins bon enfant que ce à quoi Hollywood nous a habitués, mais elle ne risque pas jusque-là. Sexe, drogue et vulgarité, voilà ce que nous propose Neighbors; un puissant cocktail qui nous ébranle et nous déconcerte (tout ça, presque toujours dans le bon sens) pendant un peu plus de 90 minutes. Reste à voir si le mal de bloc ne viendra pas après...

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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