Affiche du film Les plages d'Agnès
© Les Films Séville

Les plages d'Agnès

Version originale en français
11 mars 2009

Arlette

Photo Par Karl Filion
Forte d'une des filmographies les plus riches de l'histoire du cinéma français, Agnès Varda dit « la glaneuse » se met en vedette dans ce documentaire qui a en fait des allures de journal intime, de tentative de mémoire d'une petite vieille impudique et dégourdie. De son amour avec Jacques Demy à ses relations avec les grandes actrices de son époque, Varda taquine ses souvenirs avec un sens de l'humour insoupçonné. Certains moments sont de véritables plaisirs à partager avec la grande dame du cinéma. Un regard au cinéma empreint d'une naïveté juvénile qui dénote un clash entre les générations humaines et cinéphiliques. Si le cinéma n'est plus ce qu'il était, c'est Varda, à 82 ans, qui nous le dira.

Collage personnel organisé dans un désordre ordonné, cette procession sur les plages qui ont marqué la vie d'Agnès Varda (celles de Bruxelles, Sète, Paris, Noirmoutier ou la Californie) se fait sans ligne directrice sinon la vie et ses imprévus. Coup de chance ou coup du destin lorsqu'on peut dire, à 80 ans, qu'on a tourné un court métrage avec un Gérard Depardieu hippie, avec Jane Birkin, qu'on a photographié Jean Vilar et qu'on a donné un rôle à un Philippe Noiret débutant? Peut-être parce que c'est la mode que d'afficher sa vie publiquement sur le petit écran, Varda prend exemple sur la téléréalité et se met en scène, passant de sa maison d'enfance à Bruxelles à sa résidence parisienne. Au lieu d'y apprendre ses trucs de bronzage, on y parle de ses rencontres et sa découverte du cinéma comme d'autres parleraient de la découverte de la sexualité; avec le même étonnement et la même diligence.

Or voilà; il faut faire quelques mises en garde avant de vous laisser aller voir le film.

1) Interdit de dire qu'il y a de beaux paysages, même si c'est vrai. Ce n'est pas ça le cinéma, c'est même insultant pour une cinéaste du réel qui a fait de Sandrine Bonnaire la vedette de Sans toit ni loi et pour la photographe qui a signé le Manifeste des 343 salopes.

2) Interdit de dire qu'il manque d'action. Il n'y a pas d'action, il y a de la réflexion, de la curiosité, du doute et des impressions. Est-ce qu'elle meurt à la fin? Non!

3) Il faut absolument s'interroger sur le fait que Varda avoue elle-même ne pas avoir été une grande cinéphile avant de se consacrer au septième art, après des rencontres avec Chris Marker (quelle déception d'ailleurs qu'il ne soit pas présent davantage dans le film!) et Alain Resnais. L'art cinématographique passe-t-il nécessairement par le cinématographe?

Et finalement : interdit de dire que c'est inutile, que ça ne vaut pas la peine de payer pour ça, qu'il vaut mieux attendre à la télévision, que c'est juste Agnès Varda. Faux. C'est tout Agnès Varda, en tout cas tout ce qui peut entrer dans un cadre de cinéma, numérique ou traditionnel, de fiction ou documentaire, féministe ou pas. Pour une fois qu'on peut dire d'un film qu'il est mieux de le « voir » que de « l'avoir vu ».
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Photo Karl Filion

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