Affiche du film  Nine Lives
© VVS Films

Les neuf vies de M. Boule-de-poil

Version en français
v.o.a. : Nine Lives
5 août 2016

Chacun cherche son chat

Photo Par Martin Gignac

Dans l'exquis The Lobster, l'être humain pouvait se réincarner en l'animal de son choix. Ce n'est pas le cas du héros de Nine Lives, un être profondément égoïste qui ne pense qu'au travail et qui apprendra à devenir une meilleure personne en se retrouvant momentanément dans la peau d'un chat, parmi sa famille délaissée.

Toutes les leçons de morale y passent. D'abord auprès de l'épouse qui pensait le quitter, du grand fils qui marche dans ses pas et de sa fille adolescente qui l'idolâtre. Jusqu'au vendeur qui murmure à l'oreille des félins! Le film vise évidemment une clientèle familiale, mais est-ce une raison pour prétendre que le public cible a trois ans d'âge mental?

Cette prémisse rédigée par pas moins de cinq scénaristes ne fait pas seulement reprendre celle de The Descendants. Elle est vieille comme le monde. Au sein des classiques américains des années 30 et 40, les personnages principaux négociaient avec les anges pour avoir une seconde chance. À l'ère des vidéos pour minous qui sont si populaires sur YouTube et dans une année cinéma dominée par The Secret Life of Pets et, dans une moindre mesure, le chaton Keanu qui possède la voix de Keanu Reeves, c'est pratiquement normal que notre conscience soit transposée dans un chat. Même s'il n'y a pas grand-chose à l'intérieur, comme le rappelait si bien une des séquences finales de Inside Out.

Cela vient avec des séances d'apprentissage complètement idiotes où les effets spéciaux laissent terriblement à désirer et que les miaulements n'ont strictement rien à voir avec ceux des matous. Même New York ressemble à s'y méprendre à Montréal. En suivant à la fois les conséquences sur la famille du protagoniste d'une telle métamorphose et sur son travail, la trame narrative échoue à rendre crédible leurs désarrois. Aucun individu n'a de profondeur et l'émotion est aussi inconsistante que l'humour, même si on croit souvent se trouver devant une satire inopérante.

Avoir fait appel à Kevin Spacey pour personnifier ce père égocentrique et prêter son timbre vocal si particulier à la bête poilue est une fausse bonne idée parmi tant d'autres. Avec The Usual Suspects, American Beauty et House of Cards, l'immense comédien n'a plus rien à prouver à personne. Et on sait depuis Horrible Bosses qu'il possède un talent naturel pour la comédie. Sauf que sa présence ici est inexplicable. Non seulement l'acteur est sur le pilote automatique en jouant pour le chèque de paye, mais il risque bien de saboter sa carrière en recevant dans les prochains mois un Razzie pour cette performance embarrassante. À ses côtés, Jennifer Garner fait pitié en courant au ralenti pour attraper monsieur boule-de-poil et Christopher Walken retrouve un énième personnage étrange, trop similaire à celui qu'il campait déjà dans Click.

La mise en scène inexistante de Barry Sonnenfeld enfonce un peu plus le clou malgré une direction artistique assez colorée. Sa nouvelle création manque trop souvent de rythme, elle est envahie de mélodies qui soulignent constamment tout au crayon gras et d'effets kitsch qui laissent songeur. Autant on pouvait admirer son travail sur les épisodes de Men in Black, The Addams Family et Get Shorty, autant il fait pitié dans ce registre qui le rapproche dangereusement de RV, une des "farces" les plus minables du présent siècle.

Une vidéo de minous sur Internet a plus de substance et de pertinence que Nine Lives. Les parents ne voudront pas nécessairement exposer leurs enfants à ça, alors que les amis des chats risquent de désenchanter devant cette bêtise affligeante. Ils pourront se consoler en découvrant l'excellent Harry and Tonto qui traite avec intelligence de leur animal préféré et qui met également en vedette un homme d'un certain âge qui tente de mieux comprendre les membres de sa famille.

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Photo Martin Gignac

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