Affiche du film  Les mains en l'air
© FunFilm Distribution

Les mains en l'air

Version originale en français
27 mai 2011

Juste une enfant

Photo Par Karl Filion

La question de l'immigration est particulièrement sensible en France - sans dire que l'Hexagone a connu des problèmes différents des autres pays occidentaux, l'ampleur du phénomène est notable - et cela affecte bien sûr ses créateurs et sa filmographie. Le sujet se décline souvent avec des travailleurs exploités, parfois par des gestes posés par des citoyens français (Les invités de mon père, Le nom des gens) mais le concept de noyau familial est toujours primordial. Rarement cependant on s'intéresse surtout aux enfants, et c'est peut-être la trouvaille de Les mains en l'air.

L'histoire de Milana, dix ans, racontée par elle-même en 2067 (?), met en lumière le courage des familles qui vivent dans la crainte d'être expulsées à tout moment (à cause d'une infraction à la loi sur l'immigration, mais ça, on n'en parle pas). C'est aussi l'histoire des amourettes de Milana et de Blaise et de leur complicité avec leurs amis proches - déjà, rupture de ton : on s'amuse en jouant dans l'eau ou on vit dans la crainte? - lorsqu'elle est recueillie par Cendrine qui veut la protéger. La pureté des enfants parvient à émouvoir, dans les deux cas. Mais le reste, le contexte, fait cruellement défaut.

Milana (délicate et sensible) et les enfants en général (inventifs et fidèles) sont magnifiquement représentés et interprétés. Ils sont à la fois des enfants qui peuvent et souhaitent s'amuser, mais aussi des jeunes citoyens qui ont soif de justice et de responsabilités. Ce sont des personnages riches qui méritaient un meilleur traitement, même si les jeunes acteurs (Linda Doudaeva, Jules Ritmanic, prometteurs) s'avèrent tout à fait justes.

La faiblesse, ici, c'est sans aucun doute la réalisation : sans direction, sans cohérence, on peine à trouver le bon ton, confondant parfois engagement social avec pitié, ratant la cible d'une véritable conscience sociale en faisant du seul personnage empathique (envers et contre tous d'ailleurs) une sorte de mère quasi-hippie. Comme si la justice sociale n'était pas accessible aux autres, de façon rationnelle. Et le réalisateur, Romain Goupil, qui se donne le rôle du méchant qui pose les questions difficiles; tout ça pour magnifier davantage l'acte posé par Cendrine, la mère de Blaise.

Et que dire de ce « flashback » entièrement factice, qui n'ajoute rien sinon de la confusion (un contexte historique de 2067 faisait écho aux événements de 2009, d'accord, mais...)? Le problème, comme ses solutions, sont mal cernés.

Et lorsqu'on aborde un sujet social, il faut aller au bout de ses réflexions : quel est l'impact de la fugue des enfants sur leur monde? Le film s'intéresse apparemment au problème puisque le personnage de Cendrine l'évoque à un certain moment : et les autres? Quand bien même le statut de Milana serait régularisé (et même celui de sa famille), que faire avec les autres immigrants? Que vaut un engagement social qui se limite à nos voisins, à nos amis proches, aux amis de nos enfants? Pour une vision artistique inspirée, inspirante et engagée de l'affaire, il faudra attendre.

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Photo Karl Filion

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