Affiche du film  Les grands yeux
© Les Films Séville

Les grands yeux

Version originale en anglais avec sous-titres en français
v.o.a. : Big Eyes
v.f. : Les grands yeux
23 décembre 2014

Regardez-moi dans les yeux

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

L'histoire de cette peintre qui a été manipulée par son mari afin qu'elle accepte de signer ses oeuvres au nom de ce dernier en était une très intéressante. On se disait que ce récit raconté par Tim Burton serait des plus originaux; nous avions tort. Le plus grand problème de Big Eyes est justement son manque d'audace. On ne pouvait pas s'attendre à quelque chose d'aussi linéaire de la part du réalisateur de Charlie and the Chocolate Factory et Alice in Wonderland. Bien entendu, cette histoire ne permet peut-être pas les débordements fantastiques de ses oeuvres précédentes, mais même sa patte d'artiste ne s'y trouve pas, ce film aurait pu être réalisé par n'importe qui tellement il est conventionnel.

Cela dit, Burton campe bien son rôle malgré l'académisme de ses techniques. Les gens qui n'aiment pas ce personnage aux cheveux hirsutes qui fait dans le noir et le ludique apprécieront probablement cette tendance plus conformiste qu'emprunte ici le cinéaste. Il faut dire que ces dernières années, beaucoup se sont plaints de la dégénérescence de son cinéma; Dark Shadows et Frankenweenie manquaient d'âme en comparaison à ses chefs d'oeuvres passés. Peut-être a-t-il écouté les critiques et a choisi de plonger dans un esthétisme plus droit... Quoi qu'il en soit, il ne faut pas aller voir Big Eyes pour son réalisateur, car l'unique séquence qui nous rappelle sa signature fait figure d'erreur - et de cliché - au sein de l'ensemble.

Heureusement, il y a Christoph Waltz et Amy Adams pour tenir le film sur leurs épaules. Waltz est un caméléon qui peut jouer autant les maris aimants que les alcooliques et les pervers. Il est bon de le voir fluctuer d'une émotion à l'autre, d'une bipolarité à l'autre. Adams est attachante du début à la fin. Le public apprécie le personnage et consent à chacun de ses gestes.

Les intenses émotions qui sont transmises dans les peintures de Margaret Keane sont aussi véhiculées dans le film de Burton, mais elles y sont diluées. Malgré le manque de profondeur de certaines séquences, le réalisateur est tout de même parvenu à faire passer l'émotion par les yeux des personnages. Comme l'essence de l'oeuvre de Keane repose sur les grands yeux tristes de ses modèles, il était essentiel que les protagonistes du film s'expriment davantage par leurs regards que par leurs mots. Burton a plutôt bien réussi cet aspect, et avec subtilité. Il aurait été particulièrement amateur - et décevant - que le cinéaste choisisse de cadrer le haut du visage pour nous influencer à le regarder. Burton prouve qu'il connaît les rouages de son médium et comment influencer (subtilement s'il-vous plaît) son public.

Big Eyes manque certainement de folie, mais s'avère tout de même un drame convenable. Si on ne cherche pas l'extravagance de Tim Burton et qu'une détente sans prétention nous convient, le long métrage est un choix judicieux.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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