Affiche du film  Les garçons et Guillaume, à table!
© Les Films Séville

Les garçons et Guillaume, à table!

Version originale en français
13 mars 2014

Maman je t'aime et en passant je ne suis pas gai signé Guillaume

Photo Par Karl Filion

La grande richesse de Les garçons et Guillaume, à table!, c'est son acteur principal, Guillaume Gallienne. Sociétaire de la Comédie-Française, acteur souple capable d'émouvoir autant que de faire rire, c'est son interprétation qui donne lieu aux meilleurs moments de son premier long métrage, pour lequel il est aussi réalisateur. Le problème se situe plutôt là...

Le réalisateur, scénariste et acteur (x2) propose donc une adaptation de sa pièce de théâtre solo éponyme (où il jouait déjà le rôle de sa mère). Élevé dans une famille bourgeoise, le petit Guillaume n'a pas la force physique de ses frères ni leur intérêt pour le sport. Il est donc tout à fait naturel pour toute la famille de le présager homosexuel, non sans un certain dégoût d'ailleurs. Alors Guillaume, il fait ce qui est attendu de lui, comme un bon petit garçon, et il « devient » une fille, ce qui en fait la cible de railleries dans les différentes pensions où il est envoyé.

Les premiers instants du film sont d'une étonnante délicatesse. Les personnages nous sont présentés avec intelligence, et l'interprète, qui se joue lui-même en plus de personnifier sa propre mère, est subtil et convaincant. Lorsqu'il part en Espagne pour une immersion, qu'il apprend à danser comme une fille et qu'il fait rire de lui, on est ému et on est séduit par le ton, si fin, du scénario, des dialogues, de la mise en scène. Puis, les choses dégénèrent, l'humour devient grossier et simpliste, et les émotions brouillonnes et trop triviales. L'élégance y est toujours, en apparence, Guillaume Gallienne étant un acteur (de théâtre) fort convaincant, mais le fond devient aussi bête qu'une comédie simpliste. Alors essayons de le dire le plus élégamment possible: l'inconfort que cause une insertion anale (ici un lavement) n'est pas un ressort humoristique suffisant. La grosseur du pénis d'un éventuel amant non plus. Le syndrome de Tourette d'une grand-mère, pas mieux.

Dommage car le long métrage a régulièrement des moments de grande inspiration, où il est tout ce qu'on espérait : délicat, émouvant et drôle à la fois, humain. Mais il est aussi bien trop théâtral, la narration semblant bêtement transposée de la scène au cinéma, alors que même le personnage joue sur scène des monologues explicatifs qu'il n'a apparemment pas pu traduire pour le langage cinématographique. Dommage, vraiment.

La conclusion, inutilement longue, rend franchement mal à l'aise, alors que l'acteur semble s'adresser directement à sa mère. Le long plan insistant persiste à la montrer, nous faisant voir oui, l'efficacité de l'imitation de l'acteur Gallienne, mais aussi l'inexpérience du réalisateur Gallienne, qui tombe ici dans une impudeur étrangement déstabilisante (mais pas dans le bon sens), qui réduit son film à deux choses auxquelles il est difficile de s'identifier (c'est-à-dire qu'on ne peut les vivre par procuration) : Guillaume aime sa mère et il n'est pas homosexuel.

Comprenons-nous bien : c'est très bien pour lui qu'il aime sa mère et aussi très bien qu'il ait trouvé l'amour (dans les bras d'un homme ou d'une femme, ça ne change rien), mais ça ne fait pas exactement un grand film. Réjouissant par moments, mais oubliable.

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Photo Karl Filion

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