Affiche du film  Straw Dogs
© Sony Pictures

Les chiens de paille

Version en français
v.o.a. : Straw Dogs
16 septembre 2011

L'abattoir

Photo Par Karl Filion

C'était supposé être une histoire simple : deux hommes, l'un essaie de séduire la femme de l'autre, l'autre se fâche, ils se battent parce que le premier veut entrer dans sa maison, ça finit dans la violence et le sang, le héros gagne et ***** sa femme. Le droit à la propriété. Parfait, merci, bonsoir, next! Straw Dogs (le remake) est pourtant un brin plus compliqué que ça, et honnêtement, ça ne le sert pas du tout. Parce qu'en ajoutant des couches, des personnages et des revirements, le film ouvre la porte à des questions logiques et morales; il faut justifier les gestes des personnages, mettre en place les éléments qui forcent les personnages à la confrontation. Et il faut que tout ça soit logique.

Vous avez deviné, ça ne l'est pas.

D'abord dans la représentation simpliste des personnages qui s'opposent : le gars de la ville, l'intello qui ne sait pas changer un pneu, qui écoute Beethoven, et les gros bêta de la campagne, chasseurs, alcolos, sales (ils puent sûrement). On passe plus d'une heure à opposer des gens qui sont différents. Impossible de dire qui est celui qui a le « meilleur » mode de vie, tout simplement parce que ces archétypes n'existent pas, en tout cas pas de manière aussi manichéenne (pour les gens de la campagne : aussi simplement),

D'autant que Straw Dogs est un film très ambigu au niveau de plusieurs de ses thématiques; cette violence est-elle justifiée? Elle est modeste, concentrée dans le dernier quart d'heure du film, dégoûtante mais la majorité se déroule hors du cadre. On est à la limite de la violence « utile » et de la violence-spectacle, ce qui permet de se poser plusieurs questions sur ce qu'on regarde. Voilà une qualité rare pour un film qu'on décrit comme « violent ».

Mais comment justifier le traitement réservé aux femmes dans cette histoire? Straw Dogs peut être particulièrement manipulateur lorsqu'il place l'Homme en « méchant » (alors qu'il ne peut pas deviner que sa femme vient d'être victime d'un viol sordide), mais rejette à plusieurs reprises la faute sur la Femme; c'est elle qui pousse son mari à la confrontation, c'est elle qui séduit l'idiot du village pour attiser la colère que déclenchera toute cette violence. Mais quel est donc le message que l'on essaie de livrer?

Les acteurs essaient de manoeuvrer autour de ces incohérences, autant James Marsden, qui offre exactement ce qu'on attend de lui comme il le fait toujours (de l'efficacité, rien de plus et rien de moins) qu'Alexander Skarsgard, dont la politesse démontre une intelligence qui n'apparaît malheureusement pas au bon moment et qui aurait pu permettre d'éviter le drame. Mais en général, les interprétations sont convaincantes, même très efficaces, de même que la réalisation maîtrisée de Rod Lurie.

Le problème n'est pas là. Il est dans la faiblesse de la proposition morale du film, qui devrait nous déstabiliser.

Il ne fait jamais aucun doute de qui est « responsable » de la tragédie. Le reste, c'est de la légitime défense. On différencie aisément les « bons » des « méchants », ce qui est très pratique quand on doit choisir sur qui placer nos émotions. La question est de savoir comment les méchants vont mourir, et cette question est malhonnête. Pratiquement tous ceux qui meurent « méritent » de mourir, ou alors auraient vécu une telle peine s'ils avaient survécu qu'ils sont mieux morts, en paix. Pratiquement personne ne « souffre », la mort est instantanée. Comme si on ne voulait choquer les sentiments de personne. Mais quand on en a l'occasion, comme dans un film comme celui-ci, c'est pratiquement un devoir que de bousculer les sentiments.

Cela empêche Straw Dogs de surpasser la catégorie des « bons films » et de devenir un « excellent film ».

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Photo Karl Filion

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