Affiche du film  The Shallows
© Sony Pictures

Les bas-fonds

Version en français
v.o.a. : The Shallows
24 juin 2016

Une série B qui s'ignore

Photo Par Martin Gignac

La série B n'est pas déplaisante lorsqu'elle est bien faite. Il y a cependant une volonté évidente de ne pas totalement se prendre au sérieux, de laisser venir à soi le mauvais et le ridicule. The Shallows l'est complètement sans jamais s'assumer, ce qui est bien pire encore.

Tout débute de la façon la plus pitoyable possible: en voulant doter l'héroïne en détresse (Blake Lively) d'une quelconque psychologie, d'une complexité à deux sous. Elle ne peut pas seulement aller sur une plage presque déserte et se faire attaquer tranquillement par un requin? Non, elle doit être affectée par la disparition de sa mère, en froid avec sa famille, douter devant son avenir et ses études en médecine, etc. Une longue introduction qui finit par noyer le poisson avant qu'il ne se montre le bout du nez.

Une fois qu'elle arrive dans l'eau, on se dit que le film peut finalement commencer. Rien n'est plus faux! On assiste plutôt à un indigeste vidéoclip sur le surf avec moult ralentis et mélodies douteuses. Des scènes qui auraient très bien pu se retrouver dans l'horrible remake de Point Break.

C'est là que le méchant de l'histoire fait son apparition, ce qui donne une ou deux séquences plus saisissantes où l'eau est brouillée par le sang. Blessée, notre personnage principal trouve refuge sur un rocher, à moins de 200 mètres du rivage, mais avec le prédateur qui rôde sans cesse dans les environs.

Là où la tension devrait aller crescendo, elle disparaît comme par magie lorsque la protagoniste se trouve hors de la portée du vilain à dents acérées. Elle a le temps d'enregistrer une vidéo cucul à ses proches et même devenir amie avec une mouette. Un peu plus et on se croirait devant une relecture de Cast Away entre Tom Hanks et le ballon Wilson.

C'est sûrement trop demander à ce long métrage en quête de crédibilité. Tout sonne faux, que ce soit le requin, les vagues et même la performance de Blake Lively (qui était pourtant convaincante dans The Age of Adaline). Les morceaux de bravoure s'enchaînent sans jamais surprendre et le récit finit par verser dans le gros n'importe quoi. Les 20 dernières minutes sont d'ailleurs hilarantes tant elles sont risibles et exagérées. Après que tous les éléments marins se soient dressés contre la victime, il faut la voir affronter son ennemi juré et ainsi remettre de l'ordre dans son existence... si elle ne se fait pas broyer avant.

On croyait pourtant que le cinéaste Jaume Collet-Serra ne faisait plus de nanar. Suite à trois efforts satisfaisants avec Liam Neeson (mais où est-il celui-là lorsqu'on a besoin de lui pour secourir une jeune femme en danger?), il est retombé dans ses anciennes habitudes en livrant un autre produit dénué de frisson et de suspense. Eh oui, comme il l'avait fait avec Orphan et la reprise de House of Wax. Steven Spielberg nous a enseigné il y a plus de 40 ans avec son vénérable Jaws que le pouvoir de la suggestion et un travail soutenu sur le son ont bien souvent meilleur goût. Deux éléments de base qui sont oubliés dans ce cas-ci tant les carnages ne laissent aucune place à l'imagination et que la musique est utilisée sans discernement.

Les bons films de requins étant peu nombreux, on ne saura pour autant recommander l'incompétent The Shallows. Si ce n'est seulement pour sa conclusion qui fait rire aux larmes de façon involontaire. Pour le reste, mieux vaut revoir l'angoissant Open Water et le plus que potable The Reef qui font réagir pour les bonnes raisons.

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Photo Martin Gignac

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