Affiche du film  Les apparences
© 20th Century Fox

Les apparences

Version en français
v.o.a. : Gone Girl
v.o.a.s.-t.f. : Les apparences
3 octobre 2014

Femme fatale

Photo Par Karl Filion

Chaque nouveau film de David Fincher est un événement, le réalisateur américain ayant la pertinente habitude d'aborder des sujets foncièrement américains, génétiquement pertinents pour les Occidentaux et brûlants d'actualité, ce Gone Girl ne faisant pas exception. On saluera dans cette critique et dans les autres la réalisation rigoureuse (pratiquement chirurgicale) de Fincher - et avec raison - mais il est fort possible, dans ce cas-ci, que le génie se trouve dans le scénario à la fois audacieux et signifiant de Gillian Flynn, qui signe aussi le livre dont est inspirée cette histoire.

Car le récit de Gone Girl, en plus d'être rigoureusement construit d'un point de vue dramatique, avec des enjeux clairs, des revirements évocateurs et des personnages brillamment complexes, est aussi solide d'un point de vue global, c'est-à-dire dans son sous-texte social; dans ce qu'il représente au-delà du destin individuel de ces personnages-là pour des spectateurs ponctuels. Gone Girl parle de toute l'Amérique, dont nous faisons (volontairement ou non) partie.

On y voit une critique à peine voilée sur les médias de masse et sur les raccourcis indécents (et sexistes, exploités à fond par les personnages, volontairement ou non) qu'ils opèrent en cette ère de nouvelles en continu et de consommation ultrarapide de nouvelles. Les coupables sont condamnés dès leur responsabilité évoquée, sans autre forme de procès. Pourtant, le scénario ne cesse de désamorcer ces préjugés, soulignant une tare occidentale franchement choquante qui est ici utilisée à des fins narratives. Comme cela est stimulant.

La précision de Fincher sert ici particulièrement bien le récit, qui est bourré d'indices et d'enjeux dévoilés lentement. La durée sert le récit (2h30), les revirements étant habilement intégrés et surtout généralement logiques. La force dramatique qui découle de cette logique rend le visionnement stimulant même pour le cinéphile le plus aguerri - c'est là que Fincher accomplit sa tâche à merveille.

Ben Affleck et la sublime Rosamund Pike donnent corps à deux personnages complexes, qui n'ont pas peur des zones grises et qui illustrent magnifiquement la puissance des stéréotypes de notre société. Leur interprétation va au-delà de leur statut de star (surtout pour Affleck, qui est encore capable de jouer un « homme normal », ce qui, pour un individu de son acabit, n'est pas une mince affaire) et stimule sans cesse les sens. Une scène épique impliquant des gummy bears marque en ce sens les mémoires.

Le symbolisme de Gone Girl évoque habilement des travers sociaux auxquels il est facile d'adhérer, ce qui rend son récit d'autant plus prenant, lui qui est déjà fort efficace. Le réalisateur en fait bon usage, tout comme de ces nombreux revirements moralement très foncés, de ces acteurs, convaincants, qui contribuent aussi grandement à cette réussite qu'est Gone Girl.

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Photo Karl Filion

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