Affiche du film Les 3 p'tits cochons
© Christal Films

Les 3 p'tits cochons

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : The 3 Little Pigs
9 août 2007

Innoncents et coupables

Photo Par Karl Filion
Pour son premier long métrage, Patrick Huard revisite, sous la plume de Pierre Lamothe et Claude Lalonde, le thème universel des relations homme-femme, sous l'angle de l'infidélité. Mine d'or des humoristes, filon du cinéma, le sujet ne semble jamais s'épuiser... et ce n'est certainement pas l'oeil de Patrick Huard, qui signe un film très senti, qui va gâcher ça. Les 3 p'tits cochons se situe là où le cinéma devient un outil pour dire des choses plutôt que pour les montrer. Là où le rire vient désamorçer ce qui serait trop dur à supporter. Un film qui fonctionne bien, drôle mais pas seulement, et réalisé efficacement avec beaucoup de savoir-faire.

Trois frères sont réunis au chevet de leur mère, plongée dans un profond coma. Pour Mathieu, sa vie de famille a perdu de l'éclat, et sa relation avec sa femme Geneviève n'est plus aussi enflammée qu'auparavant. Il débute donc une liaison avec une collègue de travail, Josianne, qui n'accepte pas de jouer les seconds violons. Christian compense l'absence totale de passion dans son couple avec la pornographie, et Rémi, qui semble bien au-dessus de ses affaires, vit avec sa femme et sa fille.

Entre la comédie dramatique et le drame de moeurs, Les 3 p'tits cochons évite les caractérisations. Les clichés servent à installer une zone de confort. Là où on attendait trois cochons, on a reçu trois couples, humanisés et réalistes, coupables et innocents à la fois. Autant l'infidélité des uns est inexcusable, autant l'inertie des autres n'est pas très valeureuse non plus.

Bien sûr, pas question de changer le monde. De solutions intimes pour des conflits intimes; il ne s'agit pas ici de définir des codes de conduite, mais de relativiser la distinction si facile à faire entre le coupable et l'innocent, et de le remplacer par ce qui est condamnable et ce qui est inévitable.

Les performances brillantes de l'ensemble de la distribution donnent l'énergie qu'il faut au film pour fonctionner, malgré ses deux heures et un certains relâchement; l'intrigue de l'inintéressant ramoneur n'apporte rien à l'histoire. Guillaume Lemay-Thivierge est la véritable révélation du film, entre candeur et naïveté, il est efficace et une très courte scène de danse dans la rue est étonnamment réussie et chargée émotivement. Julie Perreault, Isabel Richer et Sophie Prégent sont à la fois résignées et crédibles, tandis que Claude Legault et Paul Doucet sont aussi très compétents.

Le réalisme des situations devient le sine qua non d'un film comme celui-ci. D'abord parce que l'humour en découle directement, ensuite parce que l'identification aux personnages est essentielle pour forcer l'empathie des spectateurs. Donner au film d'autres prétentions ou lui reprocher ses lieux communs est franchement trop simple.

Il n'y reste plus qu'une chose à faire face à l'efficacité du premier long métrage de Patrick Huard, face au destin de ces protagonistes tirés d'un voisinnage comme tous les autres. Les aimer pour ce qu'ils sont, sans exception, hommes et femmes : une belle gang d'innocents.
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Photo Karl Filion

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