Affiche du film  The Village
© Walt Disney Pictures Canada

Le village

Version en français
v.o.a. : The Village
17 août 2005

Les petits chaperons rouges

Photo Par Karl Filion
M. Night Shyamalan, s'il continue comme ça, deviendra l'un des plus intéressants réalisateurs de sa génération. Il prouve que l'immense puissance de ses premiers films n'était pas imputable à la chance du débutant.

Autant le dire tout de suite, contrairement à beaucoup de gens, j'ai adoré ce dernier film de Shyamalan, pour deux raisons principales. D'abord, la direction photo impeccable, et je pèse le mot : sublime, et pour la maturité qui se dégage de l'œuvre finale, dépeinte par plusieurs comme un « thriller supposé faire peur », alors que ce n'est pas du tout ça, et les réactions suite au visionnement du film prouvent, encore une fois, qu'au cinéma, on veut avoir ce pour quoi on est allé, et qu'il n'est pas question qu'on nous serve autre chose. Si j'ai commandé un Pepsi Diet, je ne veux pas un Pepsi. Sauf qu'au cinéma, les choses ne sont pas si simples, et j'espère, ne le seront jamais.

Avant de me faire dithyrambique, je passerai en revue rapidement les acteurs et les autres petits détails qui font d'un film un succès ou un échec, et qu'on néglige trop souvent. D'abord, sans être éblouissante, la distribution tout entière permet au film d'avancer, à divers degrés évidemment. Il n'y a pas d'acteur principal, du moins je n'en ai pas trouvé, et si Joaquin Phoenix semble être mis à l'avant-plan dans les publicités, il n'est pas le centre d'intérêt principal du film. En revanche, Bryce Dallas Howard offre une performance intéressante, légèrement caricaturée par moments, mais toujours sensible, assurée, et parfaitement intégrée à cette histoire-pas-si-simple, qui se développe magnifiquement... il faut que je m'arrête avant d'être trop laudatif. Les louanges attendront. William Hurt tire aussi son épingle du jeu, et que dire d'Adrien Brody, très à l'aise dans le rôle de l'idiot du village. Sinon, la musique appuie efficacement le suspense, elle donne une quatrième dimension à l'image, la plus belle qualité pour une bande originale, mais Shyamalan nous y a habitué.

Bon, c'est déjà mentionné, mais j'ai adoré tout ce qui a trait au visuel du film, à commencer par les décors, magnifiques, réalistes et crédibles, et sans oublier la direction photo, un coup de génie, parce que toutes les images, sans exception, sont parfaitement composées. La composition est ce qui entre dans le cadre de l'image et, cette fois-ci, de la première à la dernière image, chaque cadre est parfaitement divisé. Chacune des images respecte avec une rigueur exemplaire la loi des tiers de l'image, ce qui la rend attrayante pour l'œil, en plus de démontrer une maturité irréprochable du réalisateur. Ce film devra être utilisé dans les cours de cinéma dans les années à venir pour illustrer cette fameuse loi des tiers (qui consiste à séparer l'image en trois parties, et à l'horizontal, et à la verticale, parce que l'œil se concentre plus aisément sur l'un des quatre points de convergence que provoquent ces divisions que sur une image plus « libre »). Filmer des personnages semble être tout un défi pour un bon nombre de réalisateurs, et une preuve de maturité est de savoir comment s'acquitter de cette tâche, Shyamalan le fait, et il le fait très bien.

Le reste de la réalisation offre de très intéressantes innovations grâce aux plans utilisés, souvent atypiques, par exemple cette scène avec le poignard (je n'en dit pas plus...), et parce qu'elle maîtrise la profondeur de champ, enfin, le réalisateur se sert de l'arrière-plan pour appuyer les événements et pour rendre le suspense plus grand. À cause de ces deux caractéristiques, Le village a tout pour séduire. La réalisation ne sert pas qu'à montrer, je l'ai toujours dit, et Shyamalan l'a bien compris.

Si certains amateurs de Shyamalan seront déçus par le manque de « frousse » du film, j'espère qu'ils seront enchantés par l'émergence d'une critique sociale, plus ou moins subtile par moments, mais qui est fort appréciée. Le scénario s'articule autour de monstres vivant dans les bois autour d'un petit village de Pennsylvanie, en 1890. J'avoue que s'il avait fallu se farcir l'histoire habituelle, ç'aurait été pénible. Mais c'est loin d'être le cas, Shyamalan, qui signe le scénario, déconstruit les règles d'usage, pour notre bon plaisir. Ce fut plus pénible encore pour moi d'entendre des commentaires, au sortir de la salle, de gens mécontents parce qu'ils n'avaient pas eu assez peur, parce que « c'est pas comme qu'on connaît ». Pourtant, on dit souvent que l'inconnu peut faire peur, ils auraient dû être effrayés, terrifiés, parce que ce dernier film de M. Night Shyamalan ne se compare même pas avec ses précédents, et pourtant... il est efficace. Bravo, bravo quatre fois et demi sur cinq, parce que la perfection n'existe pas.
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Photo Karl Filion

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