Affiche du film Le vent se lève
© Christal Films

Le vent se lève

Version en français
v.o.a. : The Wind That Shakes the Barley
v.o.a.s.-t.f. : The Wind That Shakes the Barley
14 mars 2007

L'envahisseur

Photo Par Karl Filion
C'était déjà un événement cinématographique d'importance avant qu'on ne le voit. C'était la Palme d'Or de Cannes, c'était un film de Ken Loach (Family Life, Sweet Sixteen), réalisateur du réalisme des années 70. C'était un film de guerre dont on ne savait pas grande chose, sinon qu'il s'intéressait à deux Irlandais, les frères Damien et Teddy O'Donovan, membres de l'armée révolutionnaire. On sait maintenant que c'est un événement cinématographique autant qu'anthropologique et social, parce que Loach choisit de montrer la « guerre sale », la guerre civile, celle qui oppose des frères et des amis dans une lutte sanglante.

Loach fait le portrait tout en nuances et en subtilités de la situation irlandaise au début des années 20, alors que l'armée britannique pille et brutalise les habitants. Une lutte pour le respect et l'indépendance, une bataille qui pourrait être de toutes les époques et qui a cette justesse de l'observation. Silencieux, le film fonctionne très simplement et exactement comme un guerre : une action en entraîne une autre, un geste entraîne une punition. C'est simple et logique, mais cruel aussi, comme Le vent se lève.

La plupart des films de guerre montrent des héros et parlent de liberté. Le vent se lève montre des combattants et parle de justice. Dans la plupart des films de guerre, il y a un ennemi, qui a souvent le visage couvert et qui parle une autre langue. Pas ici. La guerre, c'est d'abord un fratricide, dit Loach, en suivant encore cette logique d'une accablante simplicité d'action/réaction. Il faut repousser l'envahisseur parce qu'il nous envahit, pas parce qu'il est différent.

Le scénario se développe lentement et installe minutieusement des relations crédibles entre les personnages, si bien qu'on est rapidement entraîné dans un monde réaliste, plausible, qui semble rapporter des événements plutôt qu'illustre un mythe; c'est un tour-de-force toujours renouvelé et toujours risqué que de faire croire aux spectateurs que les événements présentés sont tirés de faits réels, qu'on ne fait que mettre en image les événements tels qu'ils se sont passés. Ce n'est évidemment pas le cas ici - ce n'est jamais le cas d'ailleurs - mais on a rarement eu une impression aussi forte de réalité.

L'interprétation des acteurs y est certainement pour quelque chose, autant Cilian Murphy que Padraic Delaney vivent entièrement une histoire qui les concerne personnellement. On a même l'impression que l'arsenal de personnages secondaires vient à peine de quitter son champs pour jouer dans le film, et qu'il meurt d'envie d'y retourner.

Avec cet examen brillant des rouages de la guerre et de ses inévitables cruautés, Ken Loach écrit sur de la pellicule un pamphlet qui se rapporte évidemment à toutes les guerres et à tous les conflits, les modernes comme les méconnus, et fait de facto un film universel. Qui l'était de toute façon simplement en utilisant le langage du cinéma avec autant de savoir-faire et d'efficacité.
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Photo Karl Filion

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