Affiche du film  Le transporteur - Rechargé
© VVS Films

Le transporteur - Rechargé

Version en français
v.o.a. : The Transporter Refueled
4 septembre 2015

Moteur à sec

Photo Par Martin Gignac

Ressusciter une série peut être une excellente idée si les films originaux ont du potentiel. On pourra refaire indéfiniment Spider-Man, Terminator et les X-Men et toujours y trouver quelque chose d'intéressant. The Transporter? Absolument pas!

Dès le départ, il s'agit d'une licence médiocre qui reprenait les pires éléments des films d'action des années 90. Le seul véritable attrait s'appelait Jason Statham. En 2002, il n'était rien d'autre que l'acteur fétiche de Guy Ritchie. Un grand flan mou qui tombait au tapis dès le premier coup. Mais dans le premier tome de cette populaire trilogie, il est devenu le fils spirituel de Bruce Willis, utilisant ses poings et ses pieds comme personne, le tout avec un humour mordant et un charme indéniable.

Les retours aux sources ne sont jamais évidents pour personne et encore moins pour son successeur. Rajeunir Frank Martin s'avère une tactique valable, à condition toutefois de bien choisir son acteur. C'est là où le bât blesse. Ed Skrein n'a pas le charisme de son prédécesseur et encore moins son élégance. Il n'est que le chauve de service, celui qui se bat sans jamais croire à ce qu'il fait. Et dire que le comédien a quitté Games of Thrones pour jouer dans ce long métrage...

On n'assiste pas à ce genre de production pour l'élaboration de son histoire et de ses personnages. Et le réflexe le plus légitime est de fermer les yeux sur les invraisemblances omniprésentes qui pullulent dans le récit. Sauf qu'à un moment, la coupe est pleine et il faut réagir. The Transporter Refueled nivelle par le bas ce qui a été fait auparavant dans la série, ce qui est carrément un exploit. Les scènes d'action sont devenues confuses et désagréables (l'effet Bourne). Les poursuites en automobiles demeurent pâles à côté de celles de Jack Reacher, le méchant est aussi menaçant que Martin Matte dans Nitro et le rythme est si relâché qu'il fait passer celui des Fast & Furious comme une réincarnation du classique Le salaire de la peur. C'est ce qu'on appelle un travail bousillé de la part du réalisateur tâcheron Camille Delamarre (son Brick Mansions n'était guère mieux).

Si tout cela ne se prenait pas tant au sérieux, l'intelligence du spectateur en serait épargnée. C'est une mission impossible pour Luc Besson (qui scénarise, produit, distribue et co-finance, comme d'habitude), qui traite de cette histoire de vengeance d'une prostituée envers ses employeurs au premier degré. Ses obsessions sont intactes (il y a encore le gentil protecteur transporteur qui défend la pauvre victime) et là où il aimerait être aussi féministe que Mad Max: Fury Road et Sin City, il est plutôt question de misogynie dans l'exploitation continue du corps de la femme. L'ancien bon cinéaste a même l'audace de se la jouer intello, multipliant les références aux Trois Mousquetaires. C'est Alexandre Dumas qui doit se retourner dans sa tombe.

The Transporter Refueled aurait dû sortir directement en DVD tant il est bâclé du début à la fin. Le film est tellement raté qu'il finit par faire rire de bêtises. C'est peut-être ça qui le distingue d'un véritable navet total comme Taken 3. Ces rares moments où il y a un espoir, même minime, que le résultat ne soit pas si mauvais. Mais il l'est, évidemment. Au lieu d'injecter un peu d'adrénaline à une franchise moribonde qui en avait tant besoin, cette recréation vampirise ses rares éléments potables. Cela s'annonce mal pour les deux suites de cette future trilogie.

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Photo Martin Gignac

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