Affiche du film  Le temps d'un vol
© Les Films Séville

Le temps d'un vol

Version en français
v.o.a. : Man on a Ledge
25 janvier 2012

Ceux qui en savaient trop

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Man on a Ledge propose un postulat intéressant; un homme, que l'on comprend rapidement être un ex-détenu, se tient sur le bord d'une corniche d'un hôtel New-Yorkais et menace de sauter, mais une bonne idée n'est souvent pas suffisante, et ici le film tarde à s'engager dans une intrigue cohérente. Si les bandes-annonces et autres publicités (et même le titre en français; Le temps d'un vol) ne nous révélait pas d'emblée que l'homme en question n'est qu'une diversion pour un cambriolage, peut-être que l'introduction d'une vingtaine de minutes, qui nous laisse croire à la détresse psychologique du personnage aurait été pertinente, mais, comme c'est trop souvent le cas avec les bandes-annonces, le spectateur possède déjà trop d'informations avant même le début du film pour se laisser berner par les faux-semblants du protagoniste. Et lorsqu'après de longs développements, engraissés de flashbacks et de prises de vues plongeantes, on nous présente les deux complices du supposé suicidaire, l'action peut enfin commencer et le public, déjà un peu irrité par les fastes préliminaires, voit poindre l'intérêt après toutes ces facéties.

Les deux associés de « l'homme sur la corniche » sont assez peu crédibles dans leurs rôles de scélérats. Cela n'enlève rien à Jamie Bell et Genesis Rodriguez - qui, somme toute, réussissent à nourrir l'intrigue d'une certaine tension bienvenue -, mais leurs visages adolescents et leurs manières de jeune couple taquin nuit considérablement au sérieux de l'entreprise. Les techniques qu'ils utilisent pour déjouer l'autorité et la sécurité sont également d'une suspecte efficacité qu'on se doit de questionner: s'il suffit de mettre une photo devant une caméra de surveillance pour la confondre et de se faufiler dans des bouches d'aération pour atteindre les chambres fortes, l'intelligence du monde est en péril...

La réalisation est, règle générale, assez réservée. D'ordinaire, la discrétion d'un cinéaste n'est pas une chose que l'on reproche, au contraire, laisser toute la place à l'histoire est honorable, mais, dans le cas présent, les extravagances visuelles et l'utilisation de lentilles moins conventionnelles (comme le fish-eye; un très grand angle qui crée des distorsions artistiques à l'écran) auraient été appropriées et elles auraient, probablement, enrichi positivement un récit plutôt monocorde. Certains plans sont tout de même intéressants, mais ne possèdent certainement pas l'aspect grandiose dont le film aurait pu (dû) bénéficier.

La réaction des passants, qui observent un homme juché sur un immeuble et espèrent qu'il s'effondre lamentablement sur le sol, est particulièrement intéressante, empreint de sarcasme, et aurait nourri l'histoire d'un humour noir beaucoup plus seyant que celui des deux amoureux complices qui se chamaillent sur les danses idiotes de l'un ou le nombre démesuré d'amants de l'autre. Malgré une idée et un point de vue original, Man on a Ledge possède énormément de « aurait pu » et de « aurait dû » qui rappelle au public ce que l'oeuvre était susceptible d'être plutôt que de lui permettre d'apprécier ce qu'elle est. Alors que mes minimes attentes envers Contraband m'avaient convaincue de l'intensité et de la qualité du récit, mes expectatives positives envers Man on a Ledge m'astreignent à la déception.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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