Affiche du film Le survenant
© Alliance Atlantis Vivafilm

Le survenant

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : Le survenant
17 août 2005

Le revenant

Photo Par Karl Filion
Encore une fois, on adapte avec beaucoup de bonne volonté un classique de la littérature québécoise, cette fois-ci l'œuvre de Germaine Guèvremont Le Survenant. Beaucoup de bonne volonté oui, mais on ne parle certainement pas ici d'un classique. Le Survenant est un fantôme qui passe, et Le Survenant aussi.

Érik Canuel (Nez Rouge, Le dernier tunnel) s'attaque à l'adaptation cinématographique du livre Le Survenant, écrit il y a environ 60 ans par Germaine Guèvremont, cousine de l'autre écrivain consacré du terroir québécois, Claude-Henri Grignon. Le Survenant, au cinéma, partage plus qu'une lointaine familiarité avec Séraphin – Un homme et son péché. Ils s'avèrent tous les deux d'imposants anachronismes, confus et mal adaptés, et dont le seul mérite sera de plaire par leur conformisme.

La réalisation d'Érik Canuel s'avère une banale transposition de mots à l'écran, un exemple efficace de savoir-faire technique et académique, empreinte d'une émotivité un peu simpliste et vidée de toute saveur, exception faite de cette rusticité regrettable. On sent le poids des attentes alourdir l'ensemble de son implacable main de fer, et Canuel, qu'il ne faut pas nécessairement blâmer car habituellement plus créatif, semble s'y être laissé perdre. Sans oublier qu'il n'y a rien de grandiose à filmer des paysages, si magnifiques soient-ils. Dommage, dommage car on semble toujours incapable de faire quelque chose de grandiose et d'original, même si, comparé à Séraphin et à Nouvelle-France, Le Survenant est certainement un pas dans la bonne direction.

Le scénario ne parvient pas à moderniser le récit. Le travail est complet, bien dosé, et semble être une base très solide pour bâtir un récit tout aussi habile. Les moments de détente sont bien dispersés et permettent d'alléger les 133 minutes du film. Pourtant…La relation entre le Survenant et le père Didace offre les meilleurs moments, tandis que la jalousie d'Amable, le vrai fils, frôle le stéréotype effronté. Les personnages secondaires agrémentent le récit sans le servir adéquatement, ils représentent les racines et le traditionalisme de l'opposition, peu subtile, entre le renouveau et de « l'ancien temps », ici beaucoup plus vigoureux. Sans oublier que l'histoire d'amour entre le fameux survenant et Angélina tombe elle aussi dans le piège de la monotonie et de l'habitude.

Jean-Nicolas Verreault, dans le rôle du Grand-Dieu-des-routes, exprime avec efficacité une virilité toute indiquée, en plus d'une grand sensibilité, et son interprétation sans fausse note devient vite, comme il fallait s'y attendre d'ailleurs, le point central du film. Gilles Renaud tire son épingle du jeu, dans le rôle du père Didace, par sa présence seule. Anick Lemay se laisse tirer par la fougue de Verreault, mais elle le fait bien. Catherine Trudeau, en Alphonsine, montre un grand talent même si sa performance rappelle ses derniers rôles. Personne n'impressionne vraiment, mais tous resserrent l'impression de huis clos et de marasme qui se développe, lentement mais sûrement, avec eux. À un moment, certains semblent dans un coma léthargique et partagent bien vite leur mal à la salle désarçonnée.

Plusieurs aspects techniques du film sont ratés, dont cet éclairage surréaliste et cette musique omniprésente. Dans les détails cependant les costumes et les décors sont particulièrement réussis, permettant de conserver un intérêt pour le spectateur, un intérêt qui pâlit au rythme des saisons, un rythme dissonant s'il faut le dire.

Si Le Survenant avait été Américain, le public et les critiques auraient dénoncé son conservatisme réactionnaire, auraient décrié son hypersensibilité fort convenue mais, parce qu'il est le plus récent exemple que le cinéma québécois existe pour plaire à ses clochers, ils apprécieront probablement son scénario complet et ses acteurs efficaces. Sauf que les qualités du Survenant sont empruntées du roman. Si le Survenant, l'homme, voulait s'ouvrir sur le monde, le film, certainement pas.
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Photo Karl Filion

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