Affiche du film  Le seul survivant
© Les Films Séville

Le seul survivant

Version en français
v.o.a. : Lone Survivor
9 janvier 2014

Mourrez pour votre pays, je vais vivre pour le mien

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Quand on décide d'aller voir un film de guerre patriotique américain, on ne peut pas vraiment se plaindre d'avoir vu un film de guerre patriotique américain. Oui, Lone Survivor est chauvin, voire xénophobe par moment, mais toutes ces bannières américaines et la fierté d'un peuple persuadé de combattre du bon côté sont un mal nécessaire dans ce genre de production, ancrée dans les valeurs états-uniennes les plus élémentaires. Ce sont dans les détails les plus infimes qu'on nous démontre l'importance dans la nation et du sacrifice; une photo d'enfants tenant un drapeau américain, des répliques typées accompagnées d'une musique héroïque : « Mourrez pour votre pays, je vivrai pour le mien », mais, comme on l'a dit, ce genre de patriotisme n'est pas surprenant... il est tout simplement redondant.

Cette histoire en est une plutôt récente. Des Américains contre les méchants et impitoyables talibans. Cette proximité temporelle avec les évènements dépeints dans le film permet au public de s'attacher aux personnages plus facilement. Évidemment, la production s'évertue à construire une humanité à ces héros de guerre de manière à les rendre plus « normaux » et accessibles (le soldat qui regarde des couleurs de peinture que lui envoie sa femme qui rénove leur maison ou celui qui veut acheter un cheval pour sa femme à son mariage), mais ce ne sont pas ces détails artificiels qui nous permettent de nous identifier. C'est plutôt le conflit au coeur duquel ils se retrouvent et l'intérêt des débats moraux auxquels ils sont exposés.

D'ailleurs, les problématiques que l'on soulève dans ce film sont plutôt pertinentes. Quatre soldats américains qui sont surpris par des paysans et qui hésitent entre les assassiner pour assurer leur couverture et leur protection ou les laisser vivre et risquer ainsi toute l'opération et, ultimement, leur vie respective. Le litige est bien amené, même si les dialogues ne sont pas ceux de d'autres grands films de guerre aux controverses aussi séantes que celles-là.

Le sceau de l'histoire vraie est bien marqué, surtout à la fin lorsqu'on défile des photos des véritables membres de l'escouade, morts au combat. Mais, question cohérence, quelque chose cloche. S’il ne restait qu'un seul survivant, et donc, un seul point de vue possible (c'est d'ailleurs sur quoi on a insisté dans la campagne publicitaire : « Vivre pour raconter son histoire »), comment a-t-on fait pour savoir comment sont morts les autres? Évidemment, on accepte l'aspect fictionnel d'une oeuvre, même si elle se dit inspirée d'une histoire vécue, mais ici les décès outrageusement héroïques des soldats (ne surtout pas oublier la musique épique et les ralentis) dérangent. Il y a aussi ces instants plus intenses émotionnellement où les coups de feu arrêtent pour laisser place à des dialogues déchirants entre deux frères d'armes, qui gâchent le portrait global.

Le jeu des acteurs n'est pas toujours égal. Mark Wahlberg arrive, la plupart du temps, à faire passer l'émotion, mais ce n'est pas le cas de tous les comédiens. Et c'est sans compter les ressemblances physiques frappantes entre Emile Hirsch et Taylor Kitsch qui complexifie la tâche du spectateur pour distinguer les protagonistes.

Lone Survivor est un film de guerre patriotique américain acceptable. Les deux heures que dure le film ne sont pas un fardeau et il révèle plutôt bien tout le calme et la maîtrise que doivent avoir les soldats en zone de guerre. On n'échappe évidemment pas au dégobillage de la bannière américaine à des moments plus ou moins appropriés, mais comme on ne s’imaginait rien de moins, la résignation et le détachement sont plus faciles à faire.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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