Affiche du film  Le sens de l'humour
© Alliance Vivafilm

Le sens de l'humour

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : Le sens de l'humour
4 juillet 2011

Une fois c't'un gars

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Lorsqu'un film obtient des résultats aussi fulgurants au box-office que De père en flic, les producteurs, distributeurs et autres instances étroitement liés aux capitaux insisteront souvent pour reproduire (le plus rapidement possible pour profiter de l'engouement) un succès semblable en injectant les mêmes données dans l'équation; mêmes acteurs, même réalisateur et scénariste et histoire semblable. C'est d'ordinaire ce dernier point qui engendre un échec cuisant (que plusieurs peuvent se vanter d'avoir prédit). Mais Émile Gaudreault évite habilement le piège de la reproduction, en nous livrant une comédie rafraîchissante, audacieuse, mais surtout, différente. Les parentés narratives avec De père en flic sont rares, pour ne pas dire inexistantes, et c'est un bonheur de voir la paire qui nous avait tant charmés en 2009 - Louis-José Houde et Michel Côté - évoluer dans un milieu nouveau et éclectique.

Houde réussit à prouver, grâce à ce film, qu'il sait jouer la comédie. Alors qu'il incarnait, dans De père en flic, un individu très près de son personnage de scène, il a dû ici travailler davantage pour nous faire oublier l'humoriste populaire et prolifique. Même lorsque son personnage ne parle pas, il évoque une émotion, il nous transmet ses préoccupations à travers son langage corporel, et c'est ce qui fait toute sa crédibilité. D'ajouter l'acteur Benoît Brière à la formule était également un coup de génie. Celui qui incarnait M. Bell dans les années 90, n'avait pas eu de rôle notable au cinéma depuis La grande séduction, et en voyant son éblouissante interprétation dans Le sens de l'humour, on se demande véritablement pourquoi. Il réussit même à éclipser le duo Houde-Côté grâce à une répartie cinglante et une gestuelle  expressive. Sonia Vachon est également d'une grande efficacité comique. Son personnage de Manon, une infirmière dépressive qui ne s'amuse plus des blagues de son mari humoriste, nous offre plusieurs scènes cocasses, dont une lors de l'anniversaire de son époux qui se révèle probablement l'un des moments les plus drôles du film.

La réalisation d'Émile Gaudreault - compétente, éloquente et rythmée - est au service de l'histoire plutôt que de la réfréner inutilement. Plusieurs éléments d'informations nous sont délivrés par l'image plutôt que par les mots; on informe, par exemple, les spectateurs que le personnage de Côté est un tueur en série en nous montrant ses plantations en rangée qui recouvrent ses cadavres. La surexplication est un problème que l'on retrouve souvent dans ce genre de production (voulant absolument que tout le monde comprenne sans exception), mais Gaudreault prouve ici à la fois ses talents de scénariste et ses habiletés à diriger. Il y a, évidemment (parce que la perfection serait d'autant plus critiquée), quelques blagues prévisibles, certains passages lourds et clichés (dont une finale qui s'éternise) et des moments où l'on reconnaît l'humour de Houde, mais on les oublie et les pardonne très facilement vu la qualité générale de l'oeuvre.

Le sens de l'humour
risque, par contre, de ne pas connaître un succès aussi unanime que De père en flic; la comédie contient davantage de nuances, se rapproche du film de genre (une forme de cinéma plus restrictive) et est ancrée dans un univers noir beaucoup moins accessible que cette escapade en forêt débonnaire qu'était De père en flic. Mais, avec ce deuxième long métrage, Gaudreault et son équipe ont prouvé que nous n'étions pas obligés de réunir les mêmes ingrédients pour parvenir à un résultat tout aussi savoureux; les bons acteurs, le bon scénario et le bon réalisateur séduiront à tout coup.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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