Affiche du film  Le père de mes enfants
© Métropole Film Distribution

Le père de mes enfants

Version originale en français
19 mai 2010

Tout est parfait

Photo Par Karl Filion

La réalisatrice française Mia Hansen-Løve s'intéresse avec ce deuxième film (après Tout est pardonné, en 2007, inédit au Québec) au destin d'un père de famille charismatique, convaincant et séduisant. Un film pudique qu'on pourrait scinder en deux parties, très différentes l'une de l'autre : la première s'intéresse au travail d'un producteur qui aime le cinéma (et s'éloigne efficacement des clichés) et la seconde à un drame qui ressemble à beaucoup d'autres, mais qui est traité de manière personnelle. Cela semble un peu vain d'essayer de taire ce qui cause ce changement de ton (les indices sont là), mais la surprise fait certainement partie du processus d'imprégnation, d'autant que la minutie qu'on a mise à la première partie prouve bien qu'elle n'est pas là simplement pour servir la seconde.

Grégoire Canvel aime sa famille autant que ses films. Propriétaire de la compagnie Moon Films, il produit des oeuvres au potentiel populaire limité, mais qui lui tiennent à coeur. Le week-end, il se rend avec sa famille dans sa maison de campagne, mais il passe tout son temps au téléphone. Ses trois filles - dont une adolescente -  et sa femme l'aiment, et il le leur rend bien. Mais Moon Films subit de fortes pressions de ses créanciers et traîne une dette de plusieurs millions d'euros. Avec ce tournage en Suède qui va de plus en plus mal, Grégoire ne sait pas comment il pourra sortir son entreprise de ses ennuis financiers.

La performance de Louis-Do de Lencquesaing s'avère être le premier joyau de ce film. Il est exactement comme son personnage : charmant et passionné. Sans perdre jamais de vue la pudeur requise pour faire de ce personnage un homme crédible, plausible, il lui insuffle une humanité familiale et professionnelle fascinante. Ses co-vedettes sont tout aussi convaincantes, signe que la réalisatrice est tributaire de cette réussite.

En plus du jeu des comédiens, l'apparence d'insensibilité dont fait preuve la réalisatrice permet de souligner et d'accentuer les émotions. Pas celles que vivent les personnages, qui sont dans l'ordre de leur « vie privée », mais celles que le film fait traverser à travers l'écran en direction des spectateurs. Cette émotion est présente dans les situations et les détails : les enfants du personnage, sa vie de famille, ses collègues de travail, etc. Les personnages ne sont pas des geignards qui passent leur temps à se plaindre de leur sort; ce sont des adultes sérieux qui prennent leurs responsabilités (de diverses - bonnes et mauvaises - manières). Mais l'émotion, elle, est tout de même là.

Voilà qui change des mélodrames habituels et qui traite l'intelligence (émotive, dans ce cas-ci) avec un respect nécessaire et bienvenu, mais qui aurait pu être plus maîtrisé encore. L'intuition est très bonne - essentielle, même - mais l'application accroche parfois, en particulier lorsque le scénario quitte sa trame principale dans la deuxième partie. Le destin des enfants n'est pas aussi porteur que celui du père. Tout de même, on salue sans hésiter la conviction de la direction d'acteurs et la pudeur de l'expression des émotions.

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Photo Karl Filion

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