Affiche du film  Le Maître
© Les Films Séville

Le maître

Version en français
v.o.a. : The Master
v.o.a.s.-t.f. : Le maître
4 octobre 2012

Pas de maître sans disciples

Photo Par Karl Filion

Rien que vous ne lirez ici ne devrait vous étonner.

Philip Seymour Hoffman est un grand acteur, possiblement le plus grand de sa génération. Capable de tout jouer, il est impérial, à nouveau, dans ce film (et cette voix, cette voix!). Joaquin Phoenix, qu'un étrange projet de faux-documentaire (et du talent) a contribué à rendre mythique depuis qu'il a retrouvé la « raison », est lui aussi à la fois déstabilisant et fascinant, dans un rôle parfait pour lui. On exigeait d'eux qu'ils soient aussi bons qu'ils le sont - c'est-à-dire très - et on est pleinement satisfait.

Quand on pense à ses films précédents et aux acteurs qui les ont habités, on constate que Paul Thomas Anderson a un don pour la direction d'acteur (ou un très bon directeur du casting, mais on préfère la première option). La preuve en est faite à nouveau, d'autant qu'il ne faudrait pas négliger Amy Adams, beaucoup plus importante dans ce récit qu'on pourrait d'abord le croire.

Anderson filme avec le talent qu'on lui connaît cette histoire toute en subtilités, qui se développe lentement, minutieusement, sans atteindre cependant le statut de fresque comme dans le cas de son film précédent. The Master n'est pas épique; c'est « seulement » une grande histoire bien racontée. Ou bien c'est que, comme c'est souvent le cas avec les grandes choses, son impact se manifeste à plus long terme que nous le permet ce deadline et cette critique.

À la musique, Jonny Greenwood, le guitariste de Radiohead, - qui avait déjà composé pour PTA la musique de There Will Be Blood, sublime elle aussi - est particulièrement incisif, hypnotisant en quelque sorte. Exactement comme on s'y attendait d'ailleurs.

Mais The Master n'apparaît pas abouti. Car aux moments marquants qui s'accumulent et qui évoquent la satisfaction des films précédents de PTA s'ajoutent ici quelques redondances, quelques insignifiances, quelques longueurs. Comme si des éléments ne rejoignaient pas l'ensemble, comme si la cohérence que l'on supposait d'un projet comme celui-ci n'y était que partielle. Est-ce parce que le film a apparemment refusé d'aborder de front des rapprochements avec l'Église de Scientologie, un élément marginal de la société américaine qui est pourtant déterminant dans sa définition même? There Will Be Blood n'avait pas hésité à faire plusieurs rapprochements historiques et sociaux qui l'ont rehaussé.

Ce n'est pas vraiment le cas ici. Voilà plutôt un exemple d'accumulation de talents; ceux d'acteurs de génie, celui d'un réalisateur en contrôle, des techniciens et d'artistes compétents qui ont bien travaillé. C'est déjà beaucoup, mais on espérait plus. The Master persuade moins que Lancaster Dodd, ce qui crée une distance entre le spectateur et le film. Or, cette intégration était essentielle à ce qu'un projet comme celui-ci atteigne les sommets de virtuosité qu'on espérait pour lui.

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Photo Karl Filion

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