Affiche du film  Le havre
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Le Havre

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : Le Havre
2 décembre 2011

La paix

Photo Par Karl Filion

Aki Kaurismäki propose, avec Le Havre, un film d'une grande intelligence et d'une grande maîtrise formelle. La simplicité du récit le rend complexe : en court, c'est l'histoire d'un cireur de chaussures du Havre qui essaie d'aider un jeune clandestin à rejoindre sa mère en Angleterre. Évidemment, ce n'est pas que ça, et le film aborde des thèmes engageants comme la solidarité et l'entraide, comme la citoyenneté et la maladie. Il est en ce sens inspirant et inspiré. Sobrement, sans pathos, le film manipule ludiquement le destin de ces personnages déjà vus ailleurs mais qui ne ressemblent à rien de ce que l'on connaît, dans un univers tiré d'un imaginaire cinématographique.

Le décalage est particulièrement maîtrisé (voir ici la diction irréprochable d'André Wilms dans le rôle principal), entre le charmé suranné associé au cinéma français des années 50 et 60 (voir ici Jean-Pierre Léaud) et un sens de l'ironie particulièrement bien affûté (voir ici le nom du personnage principal, Marcel Marx). Tous les accessoires sont vintage, des voitures aux téléphones, et semblent tout droit sortis d'une autre époque; pourtant le récit, lui, est d'actualité et brûlant.

En mettant en scène un jeune africain immigré clandestinement en France qui profitera de la solidarité des « bonnes gens » d'un quartier pauvre du Havre dans cette atmosphère passéiste, Kaurismäki place son récit en dehors des considérations actuelles et l'extirpe de la simple anecdote; l'histoire d'Idrissa, le jeune garçon en question, est en fait l'histoire de tous les autres comme lui depuis toutes ces années (voir ici la destruction de la « jungle » de Calais, en septembre 2009).

Pas question cependant pour le Finlandais de venir faire la leçon aux Français, en tout cas pas grossièrement. C'est subtilement qu'on peut décoder un message social fort et une critique sévère qui se manifeste lorsque le gentil policier empêche un soldat d'abattre un enfant, même s'il est clandestin. C'est l'évidence même, mais il est parfois utile de le rappeler, dans cette société qui est la nôtre.

Le Havre est un film modeste qui utilise merveilleusement les outils mis à sa disposition par le cinéma pour dire beaucoup. Les détails sont révélateurs et on prend un véritable plaisir à découvrir ce récit qui est imprévisible et passionnant. Kati Outinen, Jean-Pierre Darroussin et Blondin Miguel sont merveilleux, autour d'un André Wilms plus grand que nature. Le film n'est pas parfait, mais il est une expérience cinéphilique stimulante qui parvient à créer sa propre atmosphère, sa propre réalité. Quand on vous dit que le cinéma n'a pas besoin d'être « réel » pour être « réaliste », c'est un peu ça : quasi rien de ce qui se passe dans Le Havre n'est possible dans un monde rationnel et logique, pourtant, rien ne pourrait se produire autrement dans cet univers si particulier.

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Photo Karl Filion

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