Affiche du film  Le dictateur
© Paranmount Pictures

Le dictateur

Version en français
v.o.a. : The Dictator
14 mai 2012

Le dictateur gentilhomme

Photo Par Karl Filion

Sacha Baron Cohen est un grand acteur. Ce n'est pas nécessairement évident lorsqu'on regarde sa filmographie puisqu'il se consacre surtout à la comédie et qu'on donne généralement moins de mérite aux acteurs comiques qu'aux acteurs dramatiques. Mais Sacha Baron Cohen est un grand acteur, et son Dictator en est une nouvelle preuve. Pourtant, ce n'est pas le meilleur véhicule pour le constater, parce qu'à côté de Borat et de Brüno le film manque - aussi incongru que cela puisse paraître - de cohérence. 

Borat et Brüno étaient des personnages - bien que particulièrement absurdes - cohérents. L'humour tournait autour d'eux, ils demeuraient fidèles à eux-mêmes malgré les embûches et cela mettait en lumière les incohérences des autres. C'est sans doute ce que permet de faire l'improvisation et les mises en situation « réelles » avec des quidams plus ou moins conscients de l'ironie. Dans le cas du Général Aladeen, il est le moteur de l'humour; c'est lui qui initie les situations et son univers est manipulé pour correspondre à la prochaine blague. Et comme il n'était plus possible pour Baron Cohen de passer inaperçu, The Dictator est entièrement scripté, comme une comédie conventionnelle.

La scénarisation est en quelque sorte trop apparente. Dès que Baron Cohen abandonne son personnage (cela se fait en même temps que sa barbe), on sent la baisse de « régime » (haha... ok, elle est plate). Disons simplement que l'histoire « d'amour » n'est clairement pas aussi inspirée que le fort commentaire sur la dictature et sur l'interventionnisme américain, que la quête du personnage s'avère bien anodine malgré tout, et que des acteurs connus, comme Anna Faris et Ben Kingsley, dans cet univers pseudo-crédible (c'est une facétie qui s'intègre dans la société actuelle, post-11 septembre) sont en réalité des distractions.

Les séquences pivots, celles qui servent à relancer ce semblant d'histoire, sont les moins réussies, justement parce qu'elles semblent forcées, et qu'elles ne contribuent pas à la cohérence humoristique du film.

Mais il ne faudrait pas oublier de dire qu'on rit, et beaucoup, dans The Dictator et que dans des cas semblables, c'est souvent le résultat qui compte. Des scènes deviennent de véritables moments d'anthologie, que ce soit lors d'une visite touristique en hélicoptère, lors de l'introduction absolument hilarante ou lors d'une séquence avec Megan Fox.

On rit beaucoup et de bon coeur, mais on est quand même déçu parce qu'on voit bien qu'il y avait davantage à tirer d'un personnage aussi fascinant à une époque aussi tordue. Le dénouement met d'ailleurs en évidence la pertinence d'un tel film à notre époque et écorche aux passages les contorsions qu'ont fait faire à la démocratie et à la liberté les autorités américaines. Si on ne retenait que ça de The Dictator, ce serait déjà mieux, parce que tout le reste, des sous-intrigues aux personnages secondaires, est sans grand intérêt.

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Photo Karl Filion

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