Affiche du film  Le démentèlement
© Les Films Séville

Le démantèlement

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : Le démantèlement
v.o.f.s.-t.a. : The Auction
14 novembre 2013

Es Muss Sein

Photo Par Karl Filion

En 2011, Le vendeur nous avait permis de découvrir un auteur unique et authentique dans le paysage québécois, installé à un carrefour imaginaire entre le classicisme, les références littéraires, le cinéma et une modernité invasive. Sébastien Pilote - tout le monde s'obstine à préciser qu'il est natif du Saguenay, peut-être parce qu'il y tourne toujours ses films, mais je dirai simplement qu'il est Québécois - récidive avec Le démantèlement, un deuxième film simple et sensible, peut-être même plus réussi que son précédent.

Cette histoire magnifique, jumelée à une direction photo sublime, tire pleinement profit de performances d'acteurs assurées et de la beauté naturelle d'un récit simple. Une douce tragédie invoquant des notions d'abnégation, de tradition et de transmission, d'où l'humanité ressort. Émouvant et évocateur, le long métrage propose une émotion humble (un mot-clé) qu'il est facile de ressentir.

Encore une fois, Pilote dirige un acteur de grand talent qui se fait trop rare au cinéma, cette fois Gabriel Arcand. Son jeu subtil et dédié, sa capacité à dire beaucoup sans nécessairement parler, mais aussi le refus - généralisé - de misérabilisme d'un projet qui a des effluves de mélodrame mais qui refuse la facilité de l'émotion de bas niveau font de son interprétation une des grandes richesses de ce film. L'efficacité des acteurs secondaires, qui apparaissent surtout le temps d'une ou deux courtes scènes, y est aussi pour beaucoup dans la réussite du film, car ils permettent tous, à leur façon, de définir ce personnage central taciturne. Notons surtout à ce sujet l'interprétation attendrissante de Gilles Renaud.

La mise en scène associe plans larges et gros plans de manière particulièrement inspirée, mettant en opposition les champs peuplés de moutons qui gambadent, cet homme qui « marche sa terre tous les jours » et le vide intérieur, en plus d'évoquer un es muss sein et portant en elle des questionnements profonds que le film suggère, sans imposer. Que la représentation du père, homme taciturne dont l'amour pour ses filles surpasse tout, soit si plausible était nécessaire, même central, à la réussite du long métrage.

Une réussite qui ne fait pas de doute. Le démantèlement est, pour toutes ces raisons, l'un des, sinon le meilleur film québécois de cette année. On y trouve la signature d'un auteur en grande forme, la simplicité thématique et émotive d'un film tout à fait grand public, jamais méprisant, pratiquement sans méchanceté, qui est tout simplement une belle histoire bien filmée. Pour quelque temps encore, c'est un peu ça le cinéma.

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Photo Karl Filion

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