Affiche du film Le dahlia noir
© Universal Pictures

Le dahlia noir

Version en français
v.o.a. : The Black Dahlia
15 septembre 2006

Le sourire fendu jusqu'aux oreilles

Photo Par Karl Filion
Un film noir tordu, du vétéran Brian de Palma, qui a une véritable couleur historique et toutes les fantaisies visuelles attendues du réalisateur, mais pas d'âme.

Voilà un film bien complexe à aborder. Il s'agit d'abord de l'adaptation d'un roman de James Ellroy, adapté jusqu'à la moelle pour le cinéma américain, mais qui conserve le narrateur (sous forme de voix hors champ qui sonne tout faux). Puis, c'est un film de Brian de Palma, vétéran réalisateur qui ne renie pas son style avec ce nouveau film, mais qui est franchement bien moins inspiré qu'avec The Untouchables ou Scarface.

La jeune actrice de 22 ans Elizabeth Short est retrouvée morte dans un parc près de Los Angeles. Pas seulement morte, mais aussi coupée en deux à la taille et vidée de ses organes. On lui a également tranché la bouche d'une oreille à l'autre. Un crime horrible, que le détective Bucky Bleichert et son partenaire Lee Blanchard vont tenter d'éclaircir, entre les mauvaises fréquentations de la jeune femme, ses tentatives pour devenir actrice, et la passion qui se développe entre Bucky et la petite amie de Lee, Kay Lake.

De Palma ne renie donc pas les longs plans-séquences complexes et les grandes profondeurs de champ qui ont fait sa renommée. Il place aussi la caméra dans la peau du personnage, créant quelques séquences très enivrantes pour le spectateur, parce qu'il est directement interpellé par les personnages. Mais sa propension à placer des actions au fond du cadre, loin du regard habituel, pour y revenir plus tard est ici beaucoup moins subtil qu'à l'habitude, ou alors beaucoup trop, et tout passe inaperçu. Et si le meurtre d'Elizabeth Short n'a jamais été élucidé dans la réalité, De Palma tente une explication très complexe et un peu décevante.

L'ensemble de la distribution s'en tire bien. Josh Harnett joue avec conviction un policier de Los Angeles très impliqué dans cette enquête. Il est le personnage central idéal : il garde son calme, connaît tout le monde, et séduit tout le monde. Aaron Eckhart est plus tourmenté mais surtout plus secondaire. Scarlett Johansson et Hilary Swank se partagent le rôle de femme fatale récurrent chez De Palma, toutes les deux efficacement même si, encore une fois, c'est un rôle périphérique à celui d'Hartnett, qui n'a pas tout à fait la carrure pour porter le film sur ses épaules, malgré son charisme évident.

Le scénario devient rapidement trop complexe, accumulant les ménages à trois, les secrets et les personnages secondaires dont l'implication dans le récit demeure nébuleuse jusqu'à l'explication finale, difficile à avaler et burlesque. D'autant qu'on n'a pas appris à s'en faire pour ce cadavre bien froid, vivant dans les "screen tests" seulement.

Au final, on pourra dire que l'oeuvre De Palma s'essouffle, après les classiques intemporels qu'il nous aura donnés dans les années 80. Même si Le dahlia noir est franchement meilleur que ses projets des dernières années - Mission to Mars, en 2000, et Femme Fatale, en 2002 - ce n'est encore pas à la hauteur des attentes. On ne saurait dire ce qu'il manque, sinon une âme, une puissance dans l'image qui apparaît ici occasionnellement; mais c'est encore trop peu.
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Photo Karl Filion

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