Affiche du film  Le corbeau
© VVS Films

Le corbeau

Version en français
v.o.a. : The Raven
26 avril 2012

Le délit de l'imaginaire

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

The Raven contient plusieurs séquences angoissantes, témoigne d'une originalité narrative non négligeable, propose des textes souvent habiles - parsemés de citations des oeuvres d'Edgar Allen Poe - et met en scène des acteurs qui ont fait leurs preuves et savent comment engendrer des personnages attractifs, alors pourquoi ce film nous laisse-t-il tout de même une impression d'inachèvement et d'imperfection? Peut-être en raison de son découpage télégraphique, de ses répliques calculées (presque mécaniques) ou de ses interprètes qui, malgré leur expérience et leur trempe, ne parviennent pas à élever leur alter ego au-delà du stéréotype. En fait, il y a plusieurs raisons qui expliquent ce vide que l'on ressent inexorablement à la sortie de ce film qui renferme pourtant - presque - tous les éléments nécessaires à sa réussite. Même si le bon moment que nous procure cette production (parce que des meurtres sanglants et sordides peuvent parfois être synonymes de bons moments) ne nous donne pas nécessairement envie de décortiquer ses infirmités, il faut le faire...

D'abord, l'histoire d'un tueur en série qui s'inspire des ouvrages de Poe pour perpétrer ses meurtres était une idée (même si pas nécessairement nouvelle) fort intéressante, surtout si l'auteur en question participe à l'enquête qui permettra d'arrêter son usurpateur. D'utiliser la mort mystérieuse du dramaturge américain, ses infortunes en amour et ses penchants pour l'alcool - tous des faits réels de la vie de l'auteur - amènent aussi un certain réalisme à cette histoire aux frontières du fantastique. Le principal problème se trouve davantage au niveau de la structure que de la qualité de l'intrigue. L'action prend du temps avant de démarrer, se complaisant dans un bain de sang et quelques débâcles d'un écrivain déchu. La finale, elle aussi s'étire, nous donnant l'impression d'une œuvre plus longue et moins captivante qu'elle aurait pu l'être.

Heureusement que la qualité du langage, le raffinement des textes (qui s'explique en grande partie par la citation d'extraits de nouvelles et de poèmes de Poe) confèrent à l'oeuvre tout entière une certaine supériorité qui lui permet qu'outrepasser les limites du simple suspense. Il n'y a qu'un léger problème de rythme qui donne parfois l'impression d'une lecture à voix haute plutôt d'une réelle conversation.

Ce film, à défaut d'être exemplaire narrativement parlant, donne envie aux cinéphiles de parcourir l'oeuvre d'Edgar Allen Poe, de connaître plus en profondeur ce personnage inextricable et visiblement tourmenté. De simples vers tels que « d'une vie pleine d'histoires à une mort sans raison » (à noter que la traduction française est fort respectable; une donnée essentielle pour apprécier ce film dans sa version doublée) réjouit n'importe quel amoureux de la langue, admirateur ou pas du travail sombre de Poe.

La direction artistique mérite également quelques éloges puisque visuellement The Raven est impeccable, tant dans la qualité des costumes lors du bal masqué que dans le réalisme fétide et glauque des homicides. La ressemblance physique entre John Cusack (qui joue souvent avec trop d'intensité) et Poe s'avère aussi d'une grande justesse et impute un aspect authentique bienvenu au film.

The Raven n'est, certes, pas parfait, mais se révèle un divertissement tout désigné pour un friand de littérature et de suspense.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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