Affiche du film  Le coeur régulier
© K-Films Amérique

Le coeur régulier

Version originale en français
20 avril 2016

Entre ses mains

Photo Par Martin Gignac

Olivier Adam est un des romanciers francophones les plus intéressants du présent millénaire. Ses mots sont riches de sens, sa poésie hante à jamais et son infinie mélancolie enivre allègrement. Transposer ses écrits au cinéma ne semble toutefois pas évident. Hormis Philippe Lioret qui a fait un travail exemplaire avec son très émouvant Je vais bien, ne t'en fais pas, Jalil Lespert (Des vents contraires) et Jean-Pierre Améris (Poids léger, À l'abri de rien) n'ont pas rendu justice à ses livres. C'est également le cas de Vanja d'Alcantara, bien que Le coeur régulier demeure un film globalement intéressant.

Le phénomène d'adaptation est essentiel lorsqu'on passe d'un médium à un autre et c'est ce qui manque le plus à ce long métrage. On ne retrouve pas la prose unique et reconnaissable d'Adam, alors que le style d'Alcantara est bien mince pour s'affirmer complètement. Difficile alors de ne pas rester un peu en retrait de cette histoire qui aurait pu être si puissante et émouvante.

Il y est pourtant question des sentiments les plus universels qui soient. Un combat entre la vie et la mort, une prise de conscience tardive et une quête existentielle qui s'avère nécessaire. Une odyssée salvatrice pour une mère de famille (Isabelle Carré) qui décide de quitter son quotidien sans histoire pour tenter de mieux comprendre son frère. Un voyage au pays du Soleil Levant s'impose, dans un coin reculé qui est réputé pour son haut taux de suicide...

Plus près de The Sea of Trees de Gus Van Sant que du piètre suspense horrifique The Forest, Le coeur régulier rappelle les vertus de l'écoute et de la patience. C'est ce que fait une âme nipponne pour apaiser la souffrance de ceux et celles qui veulent en finir et qui attire l'attention de notre héroïne. Un geste noble et humaniste où l'existence est célébrée dans sa beauté infinie (le Japon loin des clichés donne le goût d'aller s'y ressourcer) au fil d'un rythme lent qui respire et qui laisse l'espace au temps et aux silences. Un peu trop, d'ailleurs, la ligne entre contemplation et ennui étant souvent bien mince.

Plus discutable encore est la simplicité outrancière du discours, où le mode de vie de la méchante ville grise qui est exprimée par une mise en scène mouvementée contraste avec l'environnement zen de la nature nipponne et sa réalisation toute en douceur. Un manque de nuance qui enlève toute complexité aux motivations des personnages.

Ces derniers sont campés par d'excellents comédiens. Isabelle Carré est comme toujours éblouissante et elle porte souvent l'ouvrage sur ses frêles épaules, étant la bougie d'allumage de l'entreprise. L'actrice semble incapable de mal jouer, trouvant ici un de ses rôles les plus nourrissants depuis longtemps. Elle est bien entourée par une généreuse distribution internationale, dont Niels Schneider puisqu'il s'agit d'une coproduction québécoise.

Le coeur régulier est un petit film qui réconforte. Un drame sincère, largement imparfait, mais lumineux, sur les bienfaits d'arrêter nos vies trop actives et de s'ouvrir au monde qui nous entoure. Il n'y a rien de très profond au rendez-vous, si ce n'est une Isabelle Carré étincelante qui offre une autre fine performance comme elle en a le secret. Juste pour elle, on est prêt à prendre part à cette expédition.

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Photo Martin Gignac

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