Affiche du film  The Homesman
© Métropole Films Distribution

Le chariot des damnés

Version originale en anglais avec sous-titres en français
v.o.a. : The Homesman
3 décembre 2014

La vieille fille

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

La critique est un genre littéraire très subjectif; je ne vous apprends rien. Le critique peut être influencé par une panoplie d'éléments qui n'ont rien à voir avec la qualité de la production; la température de la salle, les bruits ambiants, le rendu de l'image du projecteur, et une foule d'autres données plus personnelles, comme la santé de l'auteur ou son humeur. Mais les choses qui viennent irrémédiablement entachées le jugement de ce dernier sont ses goûts. Je vous fais aujourd'hui cette très longue introduction pour vous mettre en contexte. The Homesman est un western, et je n'aime pas beaucoup les westerns. Je possède quand même les outils pour arriver à juger les qualités et les défauts du film, mais mes prédispositions négatives pour le genre influencent très certainement ma vision de ladite oeuvre.

Maintenant que j'ai - peut-être complètement inutilement - révélé mon désintérêt pour le genre de Sergio Leone, attaquons l'analyse de The Homesman. Le western de Tommy Lee Jones en est un relativement classique dans sa forme et ses valeurs. Mais il aborde des thématiques assez peu conventionnelles. Jones nous raconte l'histoire de cette femme célibataire de 31 ans de qui aucun homme n'a voulu, la trouvant trop autoritaire pour être la mère au foyer typique, et qui décide (quand elle réalise qu'aucun homme de son village n'a le courage de ses opinions) d'aller cueillir des femmes atteintes de graves maladies mentales chez elle pour les conduire chez un révérend à l'autre bout du pays. Il s'agit là d'un leitmotiv assez peu commun dans cette cinématographie de l'Ouest sauvage. Ce qui impressionne, au-delà du choix du thème, c'est l'assurance et l'obstination du réalisateur, qui joue également le personnage masculin principal, à ne pas dévier le sujet vers quelque chose de plus accessible, ou plus acceptable. Au contraire des hommes de son film, Tommy Lee Jones a le courage de ses ambitions.

La réussite de cette histoire audacieuse repose aussi en grande partie sur les frêles épaules d'Hilary Swank. Il faut un professionnalisme et un aplomb du tonnerre pour arriver à transmettre toute la détresse, la témérité et la sévérité de ce personnage unique. Swank relève le défi avec grand panache, et nous rappelle son immense talent (il faut dire que depuis Million Dollar Baby, nous l'avions un peu oubliée). Jones livre, lui aussi, une brillante performance qui n'est que partiellement entachée par la démence inégale de ces trois femmes malades que le couple transporte dans sa carriole. Il semble que le réalisateur a voulu apporter une touche d'humour avec les cabrioles de ces femmes instables dans le désert aride, mais le film est trop noir pour laisser passer un seul petit sourire, même gênée.

Même si on pense savoir dès le début où Homesman nous amènera, exactement ce qu'il veut nous transmettre comme message, nous sommes agréablement surpris de voir que rien n'est gagné d’avance. On pense comprendre le caractère des personnages et leur rôle dans le récit, mais Tommy Lee Jones arrive brillamment à nous berner et nous laisser croire ce qui nous plaît pour ensuite nous confondre.

The Homesman est un film dur et vrai. Une oeuvre classique dans sa forme, et marginale dans son contenu, qui touche certaines cordes sensibles malgré quelques embardées comiques inutiles. Il s'agit d'un bon film, mais pour l'apprécier à sa juste valeur, il faut d'abord aimer le genre...

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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