Affiche du film Le cas Roberge
© Alliance Vivafilm

Le cas Roberge

Version originale en français
13 août 2008

La clique du Plateau

Photo Par Karl Filion
Ah le Plateau Mont-Royal! L'eldorado des uns, le purgatoire des autres. Un quartier unique où il n'y a pas que des tavernes et des appartements trop chers, mais aussi des hypertavernes (qu'est-ce que c'est au juste?). C'est aussi le terrain de jeu de Benoît Roberge, le fameux Cas Roberge qui a connu une immense popularité sur internet, et de ses fidèles complices Jean-Michel Dufaux, Sébastien Benoît et Stéphane E. Roy. Avec une franchise rare, les aventures des quatre gars vont aborder, tout au long d'un film sympathique, quelques-uns des aspects les plus factices du showbiz. Oui, ça veut dire la radio, la télé et Sébastien Benoît, qui y va d'une délirante et surprenante performance.

Insatisfait de son emploi de reporter pour une émission de télé estivale, Benoît Roberge essaie de s'élever dans les hautes sphères du showbiz québécois. Jaloux de son ami Sébastien, il décide de s'isoler à Rouyn avec Stéphane, scénariste en herbe et éternel optimiste, sur les traces de Jean-Luc Godard, afin d'écrire un scénario et d'enfin réaliser son rêve. Tout ça pendant qu'une mystérieuse libraire hante ses pensées...

S'il y a une légère amélioration par rapport aux capsules web, l'esthétique du Cas Roberge demeure minimaliste, pour ne pas dire carrément cheap. La caméra, toujours mobile, suit les personnages dans les rues et les appartements aux planchers craquants du Plateau. Pas de beaux paysages, pas de couchers de soleil, mais des dizaines et des dizaines d'escaliers. Les cadrages serrés renferment les dialogues dans des cadres télévisuels et servent à l'installation de quelques gags souvent réussis. L'amitié évidente entre les quatre gars sert beaucoup l'histoire, et la délicieuse auto-dérision avec laquelle Jean-Michel Dufaux et Sébastien Benoît abordent leur personnage fait rire davantage encore que la bêtise crasse des intervenants du milieu télévisuel (qu'on sait inspirée de la réalité, au demeurant). Le réalisateur Raphaël Malo suit ses personnages en leur laissant toute la place, pendant que Benoît Roberge, pas toujours naturel, partage ses craintes sur l'amour et la vie... avec moins d'audace cependant qu'il saborde complètement une émission de radio nocturne. Les quelques caméos semblent malheureusement sous-exploités, moins audacieux en tout cas que l'audace qu'il a fallu à Sébastien Benoît pour entrer dans un peep-show et à Jean-Michel Dufaux pour rencontrer le Dalaï-Lama.

Dommage que la narration surchargée vienne alourdir inutilement certaines scènes, tombant parfois dans les morales de Reader's Digest à la « crois en toi » et « poursuis tes rêves ». Ce n'est pas parce que tout a (supposément) été dit qu'il ne faut pas comprendre - et dire! - que ce sont de ridicules adages qui servent à rassurer les « matantes », justement. Le voyage à Rouyn et la quête amoureuse de Roberge n'ont pas, eux non plus, le même intérêt que le très rafraîchissant commentaire sur le monde des médias qui fait les meilleurs moments du film. D'autant que le film fait remarquer, avec beaucoup de justesse d'ailleurs, que les animateurs, les personnalités publiques, sont souvent ce qu'on leur demande d'être. Est-ce que ça surprend vraiment quelqu'un d'apprendre que Sébastien Benoît n'aime peut-être pas toute la musique qui joue à Rythme FM?

Difficile de prédire si les non-habitants du Plateau, qui n'ont que faire du milieu de la télé, qui n'en savent rien, qui n'ont pas d'aspirations pour l'envahir - voire le dominer - se sentiront interpellés par Le cas Roberge. On saura très bientôt combien de Québécois sont en fait des habitants du Plateau refoulés.
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Photo Karl Filion

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