Affiche du film  Le capital
© Les Films Séville

Le capital

Version originale en français
29 janvier 2014

Délit d'initiés

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Le principal problème du film Le capital, c'est le choix de son public cible. Le film s'adresse visiblement à des experts dans le domaine financier français, des gens qui connaissent bien les rouages du système et le vocabulaire qui lui est affilié. Pour monsieur et madame tout le monde (monsieur et madame tout le monde québécois qui plus est) le long métrage de Costa-Gavras n'est pas accessible. On y utilise des termes spécifiques à un univers que le commun des mortels ne maîtrise pas.

On peut s'imaginer que l'intention était ici de faire preuve du plus grand réalisme possible, mais très peu de gens peuvent juger de la réussite de l'aboutissement de leurs ambitions puisque très peu de gens en comprennent le contexte. Produire une oeuvre financière aussi pointue était un risque important qui aurait pu pourtant être profitable, comme ce sont souvent les placements les plus risqués qui sont les plus payants. Malheureusement, jamais Costa-Gavras n'arrive nous convaincre de la rentabilité d'un tel investissement.

La narration est une béquille fort utile et souvent fort intéressante pour contextualiser et rythmer un film. Ici, la voix extradiégétique du protagoniste accompagne l'action principale et lui juxtapose certaines réflexions que le public aurait ignorées sans elle. Le regard à la caméra est une technique souvent efficace pour briser le quatrième mur et amener le public à se sentir plus impliqué qu'il ne l'est en réalité. Par contre ici, elle n'a pas sa place. Elle découpe trop radicalement l'action et ne nous insuffle aucune sympathie supplémentaire. La matérialisation de certains fantasmes du protagoniste (comme congédier la fille du patron alors qu'elle donne un discours ridicule) est intéressante, mais aurait dû être plus fréquente afin d'être mieux intégré dans le récit global et ne pas sembler aussi aléatoire.

Le héros est d'ailleurs très peu attachant, comme le sont généralement les héros. Même les requins de Wall Street ont souvent une famille à laquelle on s'accroche, des intérêts philanthropes qui nous permettent d'excuser certains de ces actes mercantiles, mais Marc Tourneuil n'a rien pour excuser son narcissisme et sa cupidité. Gad Elmaleh est un humoriste français de grand talent, une méga star dans son pays et une vedette montante chez nous. Même s'il se débrouille excessivement bien sur scène, ce n'est pas grâce à ce film qu'il prouvera ses capacités de comédien dramatique. Probablement que le personnage était écrit comme ça; froid, mesquin, ambitieux et mercantile, mais ce n'est pas son interprétation hautaine et ennuyeuse qui nous permet de sympathiser avec le magnat de la finance française.

La réalisation très scriptée de Costa-Gavras n'impressionne pas beaucoup non plus. On dirait que le cinéaste a voulu laisser la place aux blablas financiers, à l'argent et à la crise - un sujet excessivement d'actualité en France comme partout ailleurs dans le monde d'ailleurs -, mais comme la majorité des spectateurs ne sont pas en mesure d'en comprendre la teneur, on en vient rapidement à regretter une réalisation plus dynamique, qui aurait au moins pu nous distraire pendant que nos neurones s'efforcent d'assimiler l'information mal véhiculée.

En voulant être trop élitiste, Le capital rate sa cible.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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