Affiche du film  Le bruit des glaçons
© Métropole Films Distribution

Le bruit des glaçons

Version originale en français
21 avril 2011

Vice et perfidie

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Il est difficile d'émettre un jugement à la fois objectif et concret lorsqu'on a affaire à une oeuvre aussi hors-norme que peut l'être Le bruit des glaçons. Dans ce film, Bertrand Blier dévie chacune de nos attentes, désamorce nos présomptions et nargue nos acquis et nos convictions. La trame narrative ne nous prend pas par la main pour nous amener candidement du point A au point B; les ruptures temporelles sont nombreuses, souvent déroutantes, et les personnages brisent régulièrement le quatrième mur pour s'adresser au public (tout d'abord surpris d'être interloqué, mais rapidement sceptique face à une telle pratique). On peut comparer l'oeuvre au film Mammuth, paru l'an dernier et qui mettait en vedette un Gérard Depardieu incestueux, repoussant et, au final, déconcertant. Les deux productions françaises nous entrainent dans un univers excentrique, sur lequel nous n'avons aucun contrôle mais qui nous consterne et nous confond inévitablement. Un choix artistique risqué qui réussit, sans aucun doute, à déranger et à perturber le spectateur, mais à quel prix?

La proposition de départ est riche et intéressante : un homme reçoit la visite d'un être étrange qui prétend être son cancer. Au départ, comme la maladie, son entourage ne voit pas l'ennemi antipathique, mais, bientôt, tous ne peuvent qu'être conscients de sa présence néfaste. Les métaphores et figures de style sont nombreuses, parfois évidentes, parfois discrètes, et le jeu souvent décalé des acteurs entraîne le public dans un univers fantaisiste qui traite pourtant (avec décadence) de sujets bien réels et perturbants. Si nous en étions restés à cet aspect de captivité face à une créature mesquine qui veut notre mort et qui s'abreuve de notre douleur, de notre angoisse, le film aurait invariablement gagné en pertinente et en efficacité. Mais, comme pour chambouler davantage le spectateur, on nous afflige de scènes de sexe avec un mineur, d'alcoolisme aux limites de l'absurde et de violation de la vie privée par un paparazzi loufoque.

Le long métrage soulève tout de même certaines réflexions intelligentes sur la vie, la mort et l'aberration de l'existence. La musique classique, qui donne parfois une allure hitchcockienne (surtout au début, lors de l'arrivée angoissante du cancer chez son hôte), appuie bien ces thématiques qu'on développe trop souvent avec retenue - trop occupé à chercher le moyen idéal pour déstabiliser le cinéphile et remuer ses valeurs profondes. Certaines séquences très théâtrales démontrent le talent de monologuiste de Jean Dujardin (on ne croyait pas qu'il pourrait se libérer de cet étau qu'était Brice de Nice, on en a douté, et on est maintenant confondu).

Le bruit des glaçons
est un film particulier, qui s'adresse à un public averti et qui n'a pas pour but (comme beaucoup d'autres) de divertir et d'amuser mièvrement la population. Si on possède les outils nécessaires pour décoder les subtilités de l'oeuvre et qu'on accepte d'être projeté sans vergogne dans un monde qui ressemble au nôtre, mais qui est beaucoup plus cynique, il y a définitivement nombre de choses magnifiques et perspicaces à découvrir dans Le bruit des glaçons. Mais si votre film préféré est Transformers ou A Walk To Remember, il vaudrait mieux opter pour une autre forme de dépaysement.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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