Affiche du film  Le Bling Ring
© Les Films Séville

Le Bling Ring

Version originale en anglais avec sous-titres en français
v.o.a. : The Bling Ring
19 juin 2013

Yolo

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

The Bling Ring est un parfait exemple de la génération Yolo (You Only Live Once). Ces jeunes voulaient toucher une part du luxe et de la gloire de ces célébrités qu'ils croisent dans les bars et voient à la télévision. Sans autre questionnement, ils décident d'entrer par effraction dans leurs maisons pour les piller. Ils vont jusqu'à se vanter de leurs exploits à leurs amis pour être reconnus comme des hors-la-loi et obtenir un tant soit peu de reconnaissance. Cette histoire était parfaite pour Sofia Coppola qui a si bien dépeint les travers de la société dans ses précédentes oeuvres, sa solitude commune (Lost in Translation, Somewhere), et qui avait fait une immersion délicieuse dans l'adolescence au début des années 2000 avec The Virgin Suicides.

Cela étant dit, est-ce que The Bling Ring est un film réussi? Oui et non. Il ne faut pas, je pense, considérer The Bling Ring comme une oeuvre de fiction, mais plutôt comme une reconstitution documentaire, un drame de moeurs ancré très profondément dans la réalité. Il n'y a pas de dialogues profonds et réfléchis dans cette production, même que la plupart des répliques paraissent improvisées, mais cela ne nous empêche pas de constater qu'il s'agit d'un scénario bien ficelé et intelligent. Les acteurs sont tous d'une justesse transcendante en ce sens que jamais nous n'avons l'impression qu'ils surjouent ou qu'ils récitent des textes appris par coeur. Le réalisme indéniable donne à ce film une nuance nécessaire à sa puissance. C'est d'ailleurs l'un des nombreux talents de cette réalisatrice, fille de Francis Ford Coppola, que de laisser transparaître la vérité dans chacune des situations, des plus incongrues aux plus simplistes.

À quelques endroits, on peut ressentir un certain flottement narratif, des instants moins importants qui semblent avoir été placés là pour combler un vide. Mais, lorsqu'un film dure seulement 90 minutes, on peut difficilement justifier qu'il y subsiste toujours des longueurs après le montage final. La musique apporte une couche supplémentaire, qui parfois comble les flottements, mais elle aurait pu être encore plus omniprésente, plus agressive au fil des cambriolages qui apportent toujours plus de confiance aux voleurs.

La réalisation très distante et fixe nourrit efficacement l'histoire. La cinéaste pose peut-être un jugement - exprime son indignation - au niveau du montage et des textes, mais reste suffisamment impartiale au niveau des prises de vues - voulant démontrer l'opportunisme de ces adolescents et leur manière de penser, leur logique - pour ne pas qu'une morale trop agressive et générique en découle.

Le plus récent film de Sofia Coppola est un reflet honnête de la génération qu'on appelait « C » et qu'on surnomme maintenant « Yolo », née dans l'accessibilité à l'information et pourvue d'une forte impression d'invincibilité qui, indéniablement, court à sa perte. The Bling Ring n'est définitivement pas le meilleur film de Coppola (je ne crois pas qu'un jour elle pourra faire mieux que l'hypnotisant Lost in Translation), mais The Bling Ring fait réfléchir et prouve une nouvelle fois l'unique savoir-faire de la réalisatrice américaine.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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