Affiche du film  Le baiser du barbu
© Alliance Vivafilm

Le baiser du barbu

Version originale en français
v.o.a.s.-t.f. : Face Time
17 juin 2010

Bring me the fucking bubbles

Photo Par Karl Filion

On donne beaucoup d'importance au « premier film » dans la carrière vie d'un réalisateur de cinéma. On pardonne beaucoup de choses en invoquant l'inexpérience, l'âge, la recherche d'un style à affiner. Yves Pelletier avait fait fi de tout ça avec Les aimants - il y a déjà six ans - un film qui avait été grandement apprécié autant de la critique que du public. Un film de qualité, fait avec talent et inspiration. Mais on oublie souvent que le véritable défi, c'est rarement de faire quelque chose (dans ce cas-ci, un bon premier film) mais bien de répéter avec la même efficacité. Voyons voir.

Benoît joue dans un souper-spectacle de deuxième ordre une petite pièce d'époque. Pour subsister, il travaille comme serveur dans un restaurant, où on lui offre de prendre plus de responsabilités. Sa copine Vicky, qui a laissé tomber ses ambitions d'écrivaine, l'encourage à choisir le restaurant afin qu'ils puissent acheter un condo qu'elle convoite. Mais un jour, Benoît décide de se laisser pousser la barbe. Le succès est immédiat : il joue devant des salles combles et on lui propose même plusieurs rôles de barbus. Mais ce nouveau poil dérange véritablement Vicky, qui va l'obliger à choisir entre elle et sa nouvelle barbe chanceuse.

Le baiser du barbu est une comédie romantique dans le sens mathématique du terme : autant de comédie que de romantisme. On peut dire que - malgré une idée de départ absolument géniale - le développement s'avère, lui, inégal, voguant sans cesse entre un et l'autre en enchaînant les éclairs de génie et les scènes ressemblant à une boisson gazeuse dégazéifiée. L'humour fonctionne (un peu) moins bien que dans Les aimants, le romantisme aussi. Voilà qui est très dommage, d'autant qu'un des principaux inhibiteurs du flair d'Yves Pelletier, cette fois-ci, c'est apparemment le budget, qui est de toute évidence insuffisant. La maîtrise visuelle dont il faisait preuve - et qui avait tant séduit - dans Les aimants n'est pas à la hauteur cette fois-ci, et on sent que ses élans ont été freinés par des contraintes qui devraient être hors du cinéma. Mais voilà un problème qui surpasse le cas spécifique dont il est question ici.

Les comédiens principaux sont efficaces, sans plus. David Savard défend avec talent un personnage riche, tandis qu'Isabelle Blais, forcée de cabotiner avec ce personnage « d'utilité », a déjà été plus convaincante. Les personnages secondaires aussi sont « utiles », et les acteurs qui les incarnent, s'ils font un travail honnête, ne valent pas mieux qu'un joueur de troisième trio chez le Canadien (et qui jouerait sur le quatrième trio de n'importe qu'elle autre équipe de la Ligue Nationale). Cela n'empêche pas certaines scènes de fonctionner merveilleusement, et les ressorts du scénario d'être convaincants, même s'ils sont convenus.

De toute évidence, la conscience de soi-même dont le film fait preuve est délibérée. L'illustration parodique du milieu des auditions et des comédiens ne passe pas inaperçue, en plus de frapper dans le mille. S'est-on d'ailleurs servi de Louis-José Houde pour mousser le marketing du film? C'est bien possible. C'est pourtant lui qui résume le mieux le film avec son leitmotiv : « Bring me the fucking bubbles ». Il manque des bulles, du pétillant, de la fraîcheur pour élever Le baiser du barbu au-dessus de la mêlée, au-delà du film d'artisan(s) bien fait. Reste un mystère à éclaircir : gomme balloune ou champagne?

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Photo Karl Filion

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