Affiche du film Largo Winch
© Alliance Vivafilm

Largo Winch

Version originale en français
13 janvier 2010

Paresse (intellectuelle)

Photo Par Karl Filion

Pastiche français peu inspiré de James Bond, ce Largo Winch est d'une absurdité gênante et n'a pratiquement aucune idée nouvelle. Le traître, le double-traître, la poursuite en voiture, la grosse bute sans cervelle, la pute de luxe; tout ça est très habituel, et le traitement, contrairement au génial Bourne, est ici tout dans la convention. Si Jérôme Salle avait convaincu avec Anthony Zimmer, il déçoit énormément avec cet enfilage d'inepties et d'invraisemblances. Pour peu, on croirait à une bonne blague.

Largo aime se mettre dans des situations périlleuses, et il parcourt le monde à la recherche d'aventure. Mais à la mort de son père, le milliardaire Nerio Winch, il est pressenti pour être le nouveau dirigeant du groupe qu'il a fondé. Les membres du conseil d'administration, qui ne connaissaient même pas son existence, sont sceptiques et lui demandent de prouver sa filiation avec le défunt. Adopté en bas âge en Croatie, Largo devra mettre la main sur les documents qui prouvent son identité tout en déjouant le complot qui le menace.

On prend le pari de la facilité et de l'auto-crédulité : « ça va passer », « ils ne s'en rendront pas compte » et « c'est pas grave » ont dû suffire à convaincre le réalisateur, ses producteurs et ses techniciens que Largo Winch avait le moindre potentiel (ou alors est-ce qu'un budget de 25 millions d'euros suffit?). C'est pourtant loin d'être le cas : adapté d'une BD franco-belge, le film se refuse à toute invention. Même les comédiens, prisonniers de personnages rigoureusement unidimensionnels, recyclent quelques faciès et rictus inassumés. Dans leur monde où les gentils sont irrémédiablement opposés aux méchants (ils doivent penser voir les lignes des frontières et le nom des villes du haut de l'espace), ces personnages prennent des décisions absurdes, comme placer toute leur fortune dans un compte « au porteur ». Quelle débilité! Honte à celui qui, en plus, va chercher les documents sans témoin juriste juste pour être certain d'être attaqué par le(s) méchant(s)! Comment ça, « il n'y aurait pas de film sinon »?

Le faux est partout : inserts maladroits sur l'opulence, plans ralentis d'hélicoptères, liens familiaux cachés et GPS intégrés viennent sauver le récit d'une noyade certaine, criblé de balles en tombant d'une falaise. La catastrophe, vraiment, frisant l'arrogance - l'insouciance peut-être. Et la négation : « James Bond? Qui? Connais pas! ».

Et quand on avait l'impression que les choses ne pouvaient plus empirer, on se trompait; d'autres revirements absurdes, inutiles et spécialement peu convaincants viennent alourdir inutilement un film qui n'en avait pas besoin. La structure narrative plus que téméraire empêche toute participation du spectateur, spécialisé sans doute à ce type de film d'espionnage, qui n'a qu'à attendre que lui tombe dessus tout ce qu'il connaît du genre. Si Largo Winch est un pastiche, un hommage, il faudrait aviser ses créateurs que la copie n'en est pas digne. Et si c'est une bonne blague (et franchement, on le souhaite), on attend encore le punch. Haha? Si c'est une suite de cartes postales, alors là, on est convaincu...

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Photo Karl Filion

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