Affiche du film  Lance et compte
© Les Films Séville

Lance et compte

Version originale en français
26 novembre 2010

Les déboires d'une dynastie

Photo Par Karl Filion

Les héros de Lance et compte sont des personnages fascinants. Ce n'est pas sans raison qu'ils sont inscrits si profondément dans la culture populaire depuis plus de vingt ans. Guy Lambert est un héros national, même s'il est fictif. Parce qu'ils sont des hockeyeurs - Québécois - et qu'au Québec, on aime le hockey, on « connaît » ça, ils sont devenus les héros que le Canadien ne nous offre pas. Est-ce qu'on aime Lance et compte parce que tout est permis, et que tout est possible? Le fils de l'un, le frère de l'autre, l'échange improbable, la Coupe Stanley. On peut rêver tant qu'on veut, dans Lance et compte, ça peut arriver. En fait, ça va arriver, quoi qu'on fasse, même si on prend toutes les mauvaises décisions. C'est un conte de fées.

Au retour d'un match pré-saison disputé à Roberval, le National est victime d'un grave accident d'autobus qui fait dix morts, dont sept joueurs réguliers. Décimée, l'équipe doit amorcer la saison alors que les joueurs vivent encore difficilement le deuil de leurs coéquipiers et amis. Alors que l'entraîneur et directeur-gérant du National, Marc Gagnon, doit trouver des solutions pour remettre l'équipe sur le chemin de la victoire, les partisans et les journalistes s'impatientent. Guy Lambert vient d'être nommé capitaine, mais la seule solution pourrait bien être de faire appel aux anciens héros du National, Pierre Lambert et Jacques Mercier. Tout ça pendant que Suzie est interpellée par un groupe d'ouvrières qui veut racheter l'usine où elles travaillent depuis des années et qui va bientôt fermer.

Le hockey est donc le cadre idéal pour un film rassembleur pour les Québécois. Lance et compte se croit tout permis. Échanger un joueur entre l'échauffement et la première période, pendant qu'on change aussi de coach, c'est probablement la chose la plus invraisemblable vue au cinéma depuis l'invasion d'extra-terrestres dans Independance Day. Et est-ce qu'échanger le meilleur défenseur recrue depuis Raymond Bourque (c'est dit dans le film) contre un joueur vieillissant est vraiment une bonne idée, à 0-19-0? Me prend-on pour un imbécile? Et dire qu'on l'avait vu venir serait un euphémisme...

D'autant que la quétainerie des scènes d'amour (« J'trouve que tu sens bon. ») et l'incongruité des messages textes (« Je vis une dichotomie. ») sortent le film du réel et, plutôt que de le rendre inspirant, en font une farce qui ne prend rien au sérieux. Les comédiens n'y peuvent rien, prisonniers de ce cadre improbable où les défenseurs se sortent eux-mêmes du jeu pour permettre au héros de l'autre équipe de marquer un but important et où les dialogues sont affreusement ampoulés. Même si la réalisation est compétente (en particulier pour l'accident), elle ne sauve pas le désastre.

Est-ce à dire que Réjean Tremblay, qui a plus de quarante ans d'expérience dans le domaine, ne connaît pas le hockey? Ou essaie-t-on plutôt de dire, à mots couverts, qu'on a tout simplement manqué de respect pour un peuple qui se fait une fierté de « connaître » et d'aimer le hockey, d'en faire son sport « national »? Les entorses à la logique proposées par Lance et compte au nom du drame lui nuisent, parce qu'au lieu d'avoir l'impression de voir des gens compétents surmonter les difficultés pour vaincre l'adversité (c'est ça le but, non?), on voit des imbéciles faire un peu n'importe quoi et réussir. Le succès de Lance et compte est indéniable, et sera sans doute à la hauteur des attentes en salles. Ça va arriver, quoi qu'on fasse, même si on a pris toutes les mauvaises décisions...

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Photo Karl Filion

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