Affiche du film  Lac Mystère
© Les Films Séville

Lac mystère

Version originale en français
21 août 2013

Le pêcheur

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Des suspenses au Québec, c'est plutôt rare. Les films de genre sont délaissés au profit des drames et des comédies, nos spécialités. Il est donc toujours agréable de voir apparaître sur nos écrans une production québécoise qui ose s'aventurer en terrain miné. Lac mystère n'est pas uniquement une expérimentation tordue d'un réalisateur établi (comme on aurait pu décrire Cadavres), c'est aussi un bon suspense - avec ses forces et ses faiblesses - accessible et ingénieux qui nous prouve une nouvelle fois le grand potentiel du cinéma québécois et de ses artisans.

Un suspense se doit d'être intrigant, subtil et rythmé pour être efficace. En général, Lac mystère respecte assez bien ces préceptes, mais plusieurs fausses pistes et une finale édulcorée viennent endommager le portrait global. Le nouveau film de Canuel renferme son lot de personnages étranges et atypiques comme ceux qui nous ont tant déstabilisés et ensorcelés dans Cadavres. Quelques situations s'avèrent aussi d'une excentricité déconcertante. Canuel jongle habilement avec la parodie, la tragédie et la dérision de manière à nous livrer un produit surprenant. L'idée du casse-tête qui se construit progressivement et dont l'illustration se modifie au fil du temps en est une brillante. Les inscriptions que le protagoniste découvre sur la boîte de ce dernier sont aussi ingénieuses (même si on aurait aimé qu'elles aient plus de cohérence au sein du récit).

Malgré son lourd secret, le protagoniste est suffisamment « normal » pour que le public s'y attache et même s'identifie à lui. Comme on connaît bien Laurence Leboeuf et que nous sommes tous conscients que la fille de Marcel n'est pas une anglophone, son fort accent déconcerte aux premiers abords. Mais le personnage loufoque et lubrique qu'elle interprète devient suffisamment charmant pour qu'on arrive, ultimement, à en oublier l'accent. Laurent Lucas, mystérieux, apporte aussi beaucoup à la production, tout comme Benoît Gouin, à la limite de la caricature et du burlesque.

Le montage est probablement l'une des forces du cinéma de Canuel et le réalisateur nous prouve une nouvelle fois ses aptitudes en ce sens. Dans un film que l'on veut rythmé et angoissant, le montage devient presque un personnage à lui seul et prend une importance considérable pour la réussite de l'ensemble. Le fractionnement des scènes est exécuté intelligemment dans Lac mystère et apporte beaucoup à l'intrigue et au sens qu'on tend à lui donner. La musique, aussi un impératif pour stimuler le malaise et la crainte chez le spectateur, a été bien choisie et habilement intégrée à l'histoire. Les paysages québécois sont aussi magnifiques et participent à l'aspect énigmatique de l'oeuvre. Le lac est le centre de cette histoire, il se devait donc d'être savamment illustré.

Lac mystère renferme ses longueurs et ses incohérentes (personne ne recherche cet homme qui a subitement disparu de la surface de la Terre?), mais il nous transporte si habilement dans son univers déjanté qu'on décide d'oublier ses incartades. Lac mystère est différent de ce qu'on nous offre le cinéma québécois généralement et la diversité est ici salutaire.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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