Affiche du film La vie en rose
© TVA Films

La vie en rose

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : La vie en rose
13 mars 2007

Le destin et la volonté

Photo Par Karl Filion
La vie en rose, d'abord paru en France sous le titre La môme, en référence au premier surnom d'Édith Piaf, est une représentation fade et sans saveur d'une vie pourtant trépidante et mouvementée. Derrière ses chansons, Piaf est une interprète, et les épreuves qu'elle doit traverser dans sa jeunesse et ses problèmes de drogue transparaissent dans ses performances scéniques. Malheureusement, Olivier Dahan a fait un film racoleur, amical et apparemment admiratif, qui ne saisit pas le personnage et qui ne fait que raconter quelques anecdotes. Une belle biographie bien interprétée, mais pas un film senti ni vibrant.

Édith Giovanna Gassion, née à Paris, deviendra un jour la chanteuse française la plus acclamée de son époque, Édith Piaf. Morte à 47 ans, elle est d'abord abandonnée par sa mère puis élevée dans une maison de débauche par des prostituées. Elle accompagne ensuite son père, contortionniste itinérant, avant de chanter dans les rues de Paris pour un morceau de pain. Puis, elle croise Louis Leplée et fait son entrée dans les cabarets, où elle rencontre Jacques Canetti, qui lancera sa carrière sur disques.

C'est Marion Cotillard qui attire le plus l'attention dans La vie en rose. Méconnaissable, elle incarne jusqu'aux ongles la chanteuse écorchée par la vie. Une performance dont on parlera encore longtemps. Malheureusement, le récit déconstruit - et décousu! - ne lui rend pas justice; les nombreux flashbacks nuisent à l'installation d'une montée dramatique. Et cette tendance mélodramatique et manichéenne - on veut bien croire que Piaf était faite d'excès, mais quand même, ses envolées colériques n'ont rien d'intéressant au cinéma - encouragent aussi une sorte de désintéressement : c'est de l'anecdote, de l'anodin, c'est une vie entière simplifiée à quelques événements marquants racontés maladroitement. On lance des noms de vedettes en l'air, sans jamais connaître. On ne s'attarde pas trop sur ses frasques amoureuses, bravo.

Dans le même esprit que les autres films biographiques des dernières années, des moments importants de l'enfance marquent l'âge adulte et le parcours de l'artiste, qui a habituellement toutes les misères du monde à s'en affranchir. Résolument déterministe, Dahan exploite aussi le filon mais trop simplement. Entre la drogue et la scène, il n'y a qu'un pas, l'une ne va soudainement plus sans l'autre. Dans La vie en rose, rien ne vaut la scène, Piaf ne s'y trouve jamais mieux représentée. C'est là qu'elle prend toute sa force mythique, et c'est le seul moment où on a l'impression d'établir une relation intime avec elle.

Quelques scènes frappent cependant dans le mille, particulièrement lors d'un spectacle dans la rue où la jeune Édith interprète La Marseillaise. Ce sont les moments les plus honnêtes et simples - comme celui-là - qui sont les plus justes et qui rejoignent le mieux le personnage qu'on tente de dessiner.

Bien trop larmoyant, le film exige qu'on prenne Édith Piaf en pitié; « la pauvre petite » aura vécu de bien difficiles épreuves, ce qui pardonne tout. Et faire appel à la pitié, c'est mal connaître le cinéma, où ce n'est pas touchant parce que c'est triste, mais parce que c'est plus grand que le destin et/ou la volonté. Devenir chanteuse, c'était le destin d'Édith Piaf.
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Photo Karl Filion

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