Affiche du film  La vie d'Adèle chapitre 1 & 2
© Métropole Films Distribution

La vie d'Adèle chapitres 1 & 2

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : Blue Is The Warmest Color
9 octobre 2013

Sans elle

Photo Par Karl Filion

On a beaucoup parlé de ce film et pourtant, on n'en a rien dit. Ce n'est pas un phénomène étonnant, remarquez, qu'on remplisse des pages et des pages sur autre chose que ce grand film (sur ses chicanes, ses conditions de travail, sa Palme d'Or), car il laisse souvent sans mots. Il est plus facile de parler d'autre chose. Autant de beauté brute, d'intelligence, d'émotions et d'humanité ne se transmettent pas facilement.

L'inspiration est partout, dès les premiers instants. Dans cette manière qu'a Kechiche de filmer son actrice, la sublime Adèle Exarchopoulos, dans un quotidien et un univers bâtis méticuleusement. Ses manies, ses cheveux en bataille, sa bouche, son langage, sa famille, ses amies; Adèle est un personnage palpable (tactile, pourrait-on dire), surpassant le mièvre « réalisme » habituel qu'on peine même à obtenir dans bien des films. Adèle est un personnage qui nous paraît réel. Elle ne fait pas qu'aimer Emma, elle a des ambitions, des livres préférés, un travail. Une vie. La vie d'Adèle.

Rien de tout cela ne serait possible sans cette Adèle, qui joue tout avec un naturel désarmant. Quand je dis tout, je veux dire « la vie », comme dans cette période de l'adolescence où son Adèle, elle, découvre qu'elle aime Emma, puis l'âge adulte. Dans d'autres films, ce serait un choc, un débat intérieur, le récit de parents contrariés. C'est ici une histoire d'amour inspirante, mais surtout une histoire humaine, qui parvient à être sociale sans être dénonciatrice. Bien sûr, le regard affûté du réalisateur y est aussi pour beaucoup, lui qui reste près de ses préoccupations/obsessions; sa fascination pour l'acte de manger, qui ne va pas sans rappeler La graine et le mulet par cette symphonie de bouches et de nourriture, et cette idée de transmission, d'enseignement.

Comme toujours, mais avec bien plus de subtilité que dans Vénus noire (le personnage l'était déjà, voilà l'erreur), Kechiche fait de son personnage une héroïne. Elle est appelée à s'élever de l'immaturité de ses camarades de classe, de la bêtise. Une fille de famille modeste qui préfère le spaghetti aux huîtres (très drôle, Kechiche) appelée à rejoindre le monde bien-pensant des artistes (bien joué, Kechiche) qui demeurera « fidèle » à ses valeurs (dans d'ailleurs la seule scène un peu plus faible du film, alors que la démonstration se fait appuyée).

Le réalisateur pose sa caméra sur ce monde avec un talent retrouvé. La mise en scène y est évocatrice, le contexte propice au jaillissement d'émotions. L'intelligence transpire de partout, souillant des draps où la beauté du geste (artistique? - après tout, on dirait des tableaux) et sa répétition rendent probants personnages et contextes. La vie d'Adèle est un film en trois dimensions. Kechiche, par un symbolisme simple, mais évocateur et des références littéraires bien intégrées, dit beaucoup sans beaucoup parler.

On a à peine parlé de ce film, il reste beaucoup à dire. Mais soulignons une dernière fois l'importance d'Adèle Exarchopoulos. Sans elle, rien de tout cela n'aurait été possible. Elle éclipse tout, incarne avec passion l'ingénuité, l'amour, la femme qu'est Adèle, une grande héroïne.

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Photo Karl Filion

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