Affiche du film  The Rover
© Les Films Séville

La traque

Version en français
v.o.a. : The Rover
20 juin 2014

« What did you do to my brother? »

Photo Par Karl Filion

Le premier long métrage du réalisateur australien David Michôd, Animal Kingdom, détonnait dans le paysage cinématographique lors de sa sortie chez nous en 2010 et laissait espérer l'émergence d'un créateur unique, propulsé par une étrange fascination pour la violence. The Rover est à la hauteur des attentes placées en lui, quoiqu'on a encore l'impression que Michôd a un chef-d'oeuvre à réaliser - mais que ce n'est tout simplement pas ce film-ci.

Reste que son deuxième long métrage est une oeuvre souvent fascinante, qui parvient à étonner et à émouvoir malgré un traitement très rigoureux, presque clinique. The Rover est baigné d'une émotion à saisir à chaque instant, jamais appuyée mélodramatiquement par le réalisateur, ce qui la rend bien sûr plus plausible, plus digeste. Le film se dévoile - voilà le mot - petit à petit, et grâce aux interprètes s'avère souvent d'une brutale efficacité.

The Rover reprend certains poncifs du cinéma postapocalyptique : un cataclysme inexpliqué a transformé le désert australien en véritable Far West où règne la loi du plus fort; le héros est un personnage taciturne et déterminé qui a vécu de terribles drames humains dont il ne parle pas et l'armée est omniprésente. Le reste est à découvrir, et chaque nouveau revirement pousse le film encore plus loin dans ses retranchements, jouant sans cesse sur les différences parfois imperceptibles entre juste et injuste.

Dans le rôle principal, Guy Pearce est intense et dédié, jouant de manière très convaincante les émotions complexes qui motivent le personnage à poursuivre trois criminels (on suppose, assez peu n'est expliqué) et à retrouver sa voiture à tout prix. Robert Pattinson, le bellâtre de Twilight, poursuit le changement complet de ton de sa carrière avec une prestation tout aussi efficace dans le rôle d'un jeune homme un peu simple d'esprit qui démontre lorsque requis un courage sans limites.

Quelques longueurs apparaissent ici et là, des scènes moins fortes, comme des fausses pistes - certainement délibérées - lancées par le réalisateur, qui mise à peu près tout sur la finale. La quête que propose le long métrage est d'ailleurs liée intrinsèquement à une question risquée : pourquoi le héros veut-il à ce point retrouver sa voiture? La réponse détermine si les efforts (et la violence) étaient justifiés. Comme dans tout aspirant-grand-film, la réponse est ambigüe.

Le dénouement, d'une émouvante brutalité (« What did you do to my brother? ») fonctionne grâce aux interprètes, en particulier Scoot McNairy, qui se démarque dans cette seule courte scène. Michôd, qui s'obstine à en révéler le moins possible, n'expliquera finalement que ce qui est absolument nécessaire, suggérant tout le reste (loi martiale? crise économique?). Toutefois, on retiendra surtout qu'il est toujours un réalisateur à surveiller.

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Photo Karl Filion

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