Affiche du film  La stratégie Ender
© Les Films Séville

La stratégie Ender

Version en français
v.o.a. : Ender's Game
1 novembre 2013

Treize ans et moins

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Depuis le succès de Twilight, et après celui de The Hunger Games, il semble qu'Hollywood soit emporté par une folie d'adaptation de romans pour adolescents. Les studios fouillent sans repos dans les vieux classiques pour y dénicher un possible succès. Ender's Game, un bouquin datant des années 1980, bien connu par les adeptes de la science-fiction, est l'un des résultats de ces recherches consciencieuses.

Adapter un livre représente toujours un défi singulier, et lorsqu'il est question de science-fiction, comme dans le cas présent, c'est encore plus complexe. Il y a un univers à mettre en place, des balises différentes des nôtres à expliquer, un contexte à développer. C'est d'ailleurs pourquoi Ender's Game nous paraît parfois si brouillon et expéditif. On a décidé de commencer le film à un moment où le héros n'est encore qu'un élève aspirant à devenir un grand guerrier comme son idole, et en seulement une heure (peut-être quelques semaines dans l'histoire), le petit homme courageux devient le plus grand commandant de la flotte terrestre et le seul espoir de l'humanité contre son ennemi le plus vorace. Tout ça est légèrement déstabilisant pour le spectateur, surtout qu'il y a beaucoup de personnages et d'éléments nouveaux à assimiler.

Toute la philosophie qui entoure la production s'avère aussi légèrement déficiente, et le principe des enfants que l'on exploite pour devenir des héros de guerre manque également de rigueur. On ne peut que se demander pourquoi ce n'est pas le vétéran qui prend les rênes de l'armée plutôt que le petit garçon fragile qui ne fait pas l'unanimité. Peut-être y a-t-il une raison très logique à ce choix dans le contexte du film, mais il n'est pas expliqué de manière suffisamment claire pour qu'on le comprenne d'emblée et qu'on ne soit pas dérangé par la décision militaire - en apparence - incongrue.

Question effets spéciaux par contre, Ender's Game livre la marchandise. L'effet d'apesanteur est délivré de manière compétente, et les créatures ennemies sont assez effrayantes pour engendrer une certaine frousse et suffisamment réalistes pour ne pas tomber dans la caricature du film de série B. Il n'y a peut-être que lorsqu'elles sont très très proches de la caméra (vers la fin) qu'elles nous paraissent davantage plastiques et fragmentaires. Le « jeu de l'esprit » sur lequel s'entraîne le protagoniste sur sa tablette (qui devait être une idée révolutionnaire et extravagante lors de l'écriture du livre original) est aussi très réussi; d'une animation réaliste et vivante.

L'histoire aussi, de façon générale, est très intéressante, et suffisamment bien construite pour ne pas blaser son audience de tous âges. On semble avoir voulu toucher un public souvent oublié au cinéma, celui des jeunes garçons préadolescents. Et c'est peut-être en raison de cette adresse envers un jeune auditoire que les adultes décèlent plus aisément les failles (ce qui n'est pas une excuse, mais sans doute une explication).

Ender's Game est un divertissement acceptable, même plutôt efficace. C'est seulement que si nous ne sommes pas un garçon de 13 ans impressionnable, nous n'apprécierons pas l'oeuvre comme il se doit. Au même titre que si nous ne sommes pas une fillette de 15 ans trop intense, Twilight n'est qu'une oeuvre futile et lourdement immature.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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