Affiche du film  La rançon de la gloire
© Métropole Films Distribution

La rançon de la gloire

Version originale en français
14 mai 2015

Kidnappons Charlie Chaplin

Photo Par Martin Gignac

Comment succéder à son plus grand film? La question mérite d'être posée, car les façons d'y arriver sont diverses. On continue en essayant de créer une oeuvre aussi colossale ou au contraire, il est bénéfique de changer complètement de registre?

Xavier Beauvois a choisi la deuxième option. En tant que cinéaste, il a toujours eu une feuille de route impeccable (avec Nord, N'oublie pas que tu vas mourir, Selon Matthieu et Le petit lieutenant). Après avoir touché le divin avec son illustre Des hommes et des dieux, son nouveau film était fortement attendu. Et il risque d'en décevoir plus d'un parce que La rançon de la gloire n'est pas du tout du même calibre.

Comme toujours dans son cinéma sans concession, ce sont les injustices de la vie qui sont filmées. Un père de famille (Roschdy Zem) qui n'a pas l'argent pour payer l'opération de son épouse s'embarque avec un ami fraîchement sorti de prison (Benoît Poelvoorde) dans un plan qui ne peut pas fonctionner: enlever la dépouille de Charlie Chaplin afin de toucher la rançon auprès de sa famille. Une histoire vraie incroyable qui évoque par moment Fargo.

Sauf que Beauvois n'est pas les frères Coen. Il ne manie pas aussi bien la comédie et l'absurde. Suite à une intrigante entrée en matière, le long métrage tombe au neutre. C'était pourtant au moment du rapt où l'humour aurait pu couler à flot. Le réalisateur opte plutôt pour une approche respectueuse et pince-sans-rire, sans doute moins immédiate mais qui révèle de très belles scènes dans la dernière ligne droite, que ce soit lors des ultimes discours ou cette séquence cachée à la fin du générique.

Plutôt que de broyer du noir comme Lucas Belvaux dans La raison du plus faible, La rançon de la gloire demeure assez optimiste. L'époque n'est pas la même et son traitement rappelle les films français des années 20 et 30. Benoît Poelvoorde s'apparente d'ailleurs beaucoup à Michel Simon, surtout lorsqu'il laisse ses grimaces de côté. Son duo avec Roschdy Zem est d'une justesse inouïe: la mise en scène laissant toute la place aux comédiens.

La musique orchestrale volontairement poussive et grandiloquente paye un hommage au grand Jacques Demy, dont le plan d'un de ses classiques apparaît furtivement à l'écran. Il y a ce même mélange d'espoir et de désillusion, de rêve et de mélancolie d'une vie meilleure. Une aspiration qui, mélangée à tous ces hommages à la filmographie de Charlot, renforce le côté social de l'effort.

Hymne nostalgique à la famille, à l'amitié et aux beaux lendemains, La rançon de la gloire finit par séduire même si l'ensemble assez brouillon manque régulièrement de conviction. C'est une première chez Xavier Beauvois qui nous avait habitués à mieux. Il compte néanmoins sur des personnages sincères qui sont défendus par de solides acteurs pour compenser ces largesses.

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Photo Martin Gignac

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