Affiche du film La rage de l'ange
© Alliance Atlantis Vivafilm

La rage de l'ange

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : La rage de l'ange
29 mars 2006

Les anges déçus

Photo Par Karl Filion
Dan Bigras, surtout connu pour ses chansons, présente un premier film qui a tout d'un premier film; cette envie de tout explorer, tout dire, et cette manie de tout faire tout seul. Parce que Bigras signe le scénario, la musique, la réalisation et tient la vedette dans son film. Ce sont pourtant les réalisateurs plus expérimentés qui devraient tenter de tout faire, parce qu'à se concentrer à plusieurs choses, elles s'en ressentent toutes. Il aurait probablement dû se concentrer sur un aspect ou deux, plutôt que d'essayer de tout faire.

La rage de l'ange raconte l'histoire de trois amis d'enfance : Frank, battu par son père lorsqu'il était jeune, Éric, un artiste-peintre homosexuel à la recherche de sa mère biologique, et Lune, une prostituée victime des abus sexuels de son père, se retrouvent dans les rues de Montréal. La passion entre Frank et Lune, déjà présente à l'enfance, est ravivée et va pousser le jeune homme à poser des gestes inconsidérés, tandis que Lune tente de s'évader de l'emprise d'un proxénète très menaçant.

Bigras s'attarde donc à un sujet qui lui tient énormément à coeur : les jeunes dans la rue. Et si son film a le mérite de vibrer d'une très touchante compassion pour les principaux protagonistes, certaines qualités de base manquent à La rage de l'ange. Pas de doute cependant qu'il donne un visage à ces laissés pour contre, et on ne peut que le féliciter pour ça.

Et en un peu plus de 100 minutes, Bigras va parler des gangs de rue, d'homosexualité, de la prostitution, de la drogue, de la violence et des abus sexuels. Sauf qu'à parler de tous ces sujets à la fois, leur impact est évidemment dilué. D'autant que le personnage principal, Frank, n'attire que très rarement la sympathie puisque ses motivations demeurent sombres, ou tout simplement insuffisantes. Il est presque idiot, en fait, et semble plus souvent subir que créer. Quelques répliques judicieusement placées - dont la très efficace : « Crois-tu que j'va l'battre? » - touchent cependant la cible.

La réalisation de Dan Bigras est efficace, démontre une certaine connaissance du médium et demeure l'aspect le plus recherché de l'ensemble. Dommage que certaines scènes teintées de mélancolie avec quelques chansons - fort jolies, mais complètement extérieures à cette histoire et à l'ambiance générale jusque-là - apparaissent comme des ajouts inadaptés.

Puis le scénario, qui dresse un inventaire complet des problèmes des jeunes dans la rue en passant par trois personnages souvent stéréotypés, et pas toujours conséquents. En fait, dans le monde de Dan Bigras, tous les jeunes sont des poètes, et il y a toujours quelqu'un qui les aide contre celui, ou ceux, qui les pourchasse. Que ce soit l'amusant Pape de Pierre Lebeau ou la prostituée matriarche de Lulu Hugues, beaucoup de gens aident déjà les héros, qui n'auraient qu'à se laisser faire et à accepter cette aide. Même si on comprend aisément leur douleur, on s'explique mal la majorité de leurs actions. Ils posent des gestes idiots, mais raisonnent facilement et avec sagesse. Et même s'il s'agit probablement d'une façon réaliste de dépeindre ces jeunes, rappelons que le réalisme n'a pas une si grande importance que ça au cinéma, et que ce qui est le plus réaliste est souvent le plus inadapté.

Sinon, les trois jeunes acteurs s'impliquent bien dans leurs personnages, la jeune Isabelle Guérard tout particulièrement. Ils sont tous efficacement habités par l'émotion, et ce n'est pas à cause d'eux si elle semble parfois surréelle.
Patrick Martin, dans le rôle d'Éric, est le plus sensible et le plus réaliste des trois. L'ensemble des acteurs de soutien se tire également bien d'affaire, tandis que Alexandre Castonguay, en Francis, semble plutôt subir que vraiment vivre les événements. Pas un manque de talent, plutôt un manque de repères. Dan Bigras joue bien mais n'évite pas les excès avec quelques touches grandiloquentes particulièrement vers la fin. Dans l'ensemble, le résultat est efficace, en tout cas certainement pas un problème.

Bigras réalise un premier film qui est habitué par l'émotion. Peut-être qu'elle était là d'avance, mais il semble plutôt que le réalisateur, chanteur et scénariste ait su d'instinct comme l'installer. Ça, c'est déjà une bonne nouvelle pour un éventuel prochain - et moins lourd - film.
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Photo Karl Filion

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