Affiche du film  La pirogue
© K-Films Amérique

La pirogue

Version originale en français
7 février 2013

La traversée

Photo Par Karl Filion

La pirogue est un film thématiquement et significativement fort, chargé de dilemnes moraux prenants et engageants, mais qui ne parvient pas à surpasser son récit cruellement terre-à-terre, et ce malgré toute la bonne volonté de son réalisateur. Cette tempête, cette inévitable tempête qui frappe la pirogue - remplie d'Africains hétéroclites en route vers une nouvelle vie européenne (pourquoi, d'ailleurs? l'introduction ne le démontre pas) - présentée lors d'un plan d'ensemble comme la dernière grande « épreuve » de cette traversée, comme une porte vers l'enfer/le paradis, que la structure dramatique fine aurait pu rendre grandiose, signifie finalement l'abandon du récit. La suite, une longue dérive, scénaristique et narrative, vient diluer le propos vers une fatalité insignifiante qui n'inspire pas d'émotion.

Les éléments mis en place par le réalisateur Moussa Touré sont d'abord probants; on se place en observateur de moeurs, d'une culture, du quotidien, on apprend à connaître des personnalités fortes qui seront les leaders de l'expédition, comme le ferait d'ailleurs n'importe quel blockbuster hollywoodien - car même dans un film aussi différent, on ne peut jamais parler de chaque individu également, même ici, on tombe dans le piège du « figurant », qu'on préfère voir mourir plutôt que les héros, ceux qui ont un visage (et peut-être une femme? un enfant?). Comme quoi on a les mêmes réflexes humains partout.

Si Touré, donc, filme bien, et avec inventivité, le huis clos de la pirogue, s'il filme de manière assez incongrue les visages, malgré la simplicité formelle de ses plans, on est en premier lieu entraîné à l'intérieur du récit, qui devient palpitant. Qui promet, comme on dit; sauf qu'ici, il promet des développements, du sens, des relations humaines qu'on ne trouve finalement que dans une image finale, joliment poétique, après une longue conclusion redondante. Même à 87 minutes, le film a quelques longueurs, quelques « flottements » (le jeu de mot n'est pas voulu) où le spectateur n'a plus rien à rechercher, ni émotion ni intervention divine, parfois parce que tout lui est donné, parfois parce que le propos s'est asséché. Même l'introduction, un combat de lutte joliment filmé, devient futile, vide de sens.

Nous nous méprenons pas; La pirogue n'est pas un film vain, bien au contraire. C'est un film qui, dans sa première partie, pose un regard rigoureux sur une situation chargée qui a des résonances humanistes fortes, que le réalisateur exploite bien, d'ailleurs. Il le fait cependant de manière trop conventionnelle pour que ce film soit une véritable avancée, morale d'abord, et cinématographique ensuite. Voilà tout.

Encore là, il y a peut-être cette idée de futilité qu'on néglige injustement : tous les enjeux à l'intérieur de la pirogue, un passager qui empêche de dormir l'autre, une passagère clandestine, les gangs, les divisions, etc., tout ça est sans importance face au danger de l'expédition. D'une certaine façon, c'est ce que ce film s'affaire à montrer. Soit. Mais il aurait fallu s'y prendre autrement pour rendre l'expérience véritablement signifiante d'insignifiance.

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Photo Karl Filion

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